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Ms C 14v

Ma Mère bien-aimée, je vous l'ai dit, mon dernier moyen de ne pas être vaincue dans les combats, c'est la désertion ; ce moyen, je l'employais déjà pendant mon noviciat, il m'a toujours parfaitement réussi. Je veux, ma Mère, vous en citer un exemple qui je crois vous fera sourire. Pendant une de vos bronchites, je vins un matin tout doucement remettre chez vous les clefs de la grille de communion, car j'étais sacristine ; au fond je n'étais pas fâchée d'avoir cette occasion de vous voir, j'en étais même très contente mais je me gardais bien de le faire paraître ; une soeur, animée d'un saint zèle et qui cependant m'aimait beaucoup, me voyant entrer chez vous, ma Mère, crut que j'allais vous réveiller ; elle voulut me prendre les clefs, mais j'étais trop maligne pour les lui donner et céder mes droits. Je lui dis le plus poliment possible que je désirais autant qu'elle de ne point vous éveiller et que c'était à moi de rendre les clefs... Je comprends maintenant qu'il aurait été bien plus parfait de céder à cette soeur, jeune il est vrai, mais enfin plus ancienne que moi. Je ne le comprenais pas alors, aussi voulant absolument entrer à sa suite malgré elle qui poussait la porte pour m'empêcher de passer, bientôt le malheur que nous redoutions arriva : le bruit que nous faisions vous fit ouvrir les yeux... Alors, ma Mère, tout retomba sur moi, la pauvre soeur à laquelle j'avais résisté se mit à débiter tout un discours dont le fond était ceci : C'est soeur Th. de l'Enf. Jésus qui a fait du bruit... mon Dieu, qu'elle est désagréable... etc.