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Ms C 15r

Moi qui sentais tout le contraire, j'avais bien envie de me défendre ; heureusement il me vint une idée lumineuse, je me dis que certainement si je commençais à me justifier je n'allais pas pouvoir garder la paix de mon âme ; je sentais aussi que je n'avais pas assez de vertu pour me laisser accuser sans rien dire, ma dernière planche de salut était donc la fuite. Aussitôt pensé, aussitôt fais, je partis sans tambour ni trompette, laissant la soeur continuer son discours qui ressemblait aux imprécations de Camille contre Rome. Mon coeur battait si fort qu'il me fut impossible d'aller loin et je m'assis dans l'escalier pour jouir en paix des fruits de ma victoire. Ce n'était pas là de la bravoure, n'est-ce pas, Mère chérie, mais je crois cependant qu'il vaut mieux ne pas s'exposer au combat lorsque la défaite est certaine ? Hélas ! quand je me reporte au temps de mon noviciat comme je vois combien j'étais imparfaite... Je me faisais des peines pour si peu de choses que j'en ris maintenant. Ah ! que le Seigneur est bon d'avoir fait grandir mon âme, de lui avoir donné des ailes... Tous les filets des chasseurs ne sauraient m'effrayer car : «C'est en vain que l'on jette le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes» (Prov.). Plus tard, sans doute, le temps où je suis me paraîtra encore rempli d'imperfections, mais maintenant je ne m'étonne plus de rien, je ne me fais pas de peine en voyant que je suis la faiblesse même, au contraire c'est en elle que je me glorifie et je m'attends chaque jour à découvrir en moi de nouvelles imperfections. Me souvenant que la Charité couvre la multitude des