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Ms C 17r

ce n'est pas assez de donner à quiconque me demande, il faut aller au-devant des désirs, avoir l'air très obligée et très honorée de rendre service et si l'on prend une chose à mon usage, je ne dois pas avoir l'air de la regretter, mais au contraire paraître heureuse d'en être débarrassée. Ma Mère chérie, je suis bien loin de pratiquer ce que je comprends et cependant le seul désir que j'en ai me donne la paix.

Plus encore que les autres jours je sens que je me suis extrêmement mal expliquée. J'ai fait une espèce de discours sur la charité qui doit vous avoir fatiguée à lire ; pardonnez-moi, ma Mère bien-aimée, et songez qu'en ce moment les infirmières pratiquent à mon égard ce que je viens d'écrire ; elles ne craignent pas de faire deux mille pas là où vingt suffiraient, j'ai donc pu contempler la charité en action ! Sans doute mon âme doit s'en trouver embaumée ; pour mon esprit j'avoue qu'il s'est un peu paralysé devant un pareil dévouement et ma plume a perdu de sa légèreté. Pour qu'il me soit possible de traduire mes pensées, il faut que je sois comme le passereau solitaire, et c'est rarement mon sort. Lorsque je commence à prendre la plume, voilà une bonne soeur qui passe près de moi, la fourche sur l'épaule. Elle croit me distraire en me faisant un peu la causette : foin, canards, poules, visite du docteur, tout vient sur le tapis ; à dire vrai cela ne dure pas longtemps, mais il est plus d'une bonne soeur charitable et tout à coup une autre faneuse dépose des fleurs sur mes genoux, croyant peut-être m'inspirer des idées poétiques. Moi qui ne les recherche