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Ms C 19v

qui plaise à mes soeurs, je trouve tout naturel qu'elles s'en emparent comme d'un bien à elles. Cette pensée appartient à l'Esprit-Saint et non à moi puisque St Paul dit que nous ne pouvons, sans cet Esprit d'Amour, donner le nom de «Père» à notre Père qui est dans les Cieux. Il est donc bien libre de se servir de moi pour donner une bonne pensée à une âme ; si je croyais que cette pensée m'appartient je serais comme «L'âne portant des reliques» qui croyait que les hommages rendus aux saints s'adressaient à lui.

Je ne méprise pas les pensées profondes qui nourrissent l'âme et l'unissent à Dieu, mais il y a longtemps que j'ai compris qu'il ne faut pas s'appuyer sur elles et faire consister la perfection à recevoir beaucoup de lumières. Les plus belles pensées ne sont rien sans les oeuvres ; il est vrai que les autres peuvent en retirer beaucoup de profit si elles s'humilient et témoignent au bon Dieu leur reconnaissance de ce qu'il leur permet de partager le festin d'une âme qu'il Lui plaît d'enrichir de ses grâces, mais si cette âme se complaît dans ses belles pensées et fait la prière du pharisien, elle devient semblable à une personne mourant de faim devant une table bien garnie pendant que les invités y puisent une abondante nourriture et parfois jettent un regard d'envie sur le personnage possesseur de tant de biens. Ah ! comme il n'y a bien que le Bon Dieu tout seul qui connaisse le fond des coeurs... que les créatures ont de courtes pensées !... Lorsqu'elles voient une âme plus éclairée que les autres, aussitôt