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Ms C 27r

bien vinaigrée, bien épicée, rien n'y manque excepté l'huile, ce qui lui donne une saveur de plus... Cette bonne petite salade m'est servie par les novices au moment où je m'y attends le moins. Le bon Dieu soulève le voile qui cache mes imperfections, alors mes chères petites soeurs me voyant telles que je suis ne me trouvent plus tout à fait à leur goût. Avec une simplicité qui me ravit, elles me disent tous les combats que je leur donne, ce qui leur déplaît en moi ; enfin, elles ne se gênent pas davantage que s'il était question d'une autre, sachant qu'elles me font un grand plaisir en agissant ainsi. Ah ! vraiment, c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin délicieux qui comble mon âme de joie. Je ne puis m'expliquer comment une chose qui déplaît tant à la nature peut causer un si grand bonheur ; si je ne l'avais expérimenté, je ne pourrais le croire... Un jour que j'avais particulièrement désiré d'être humiliée, il arriva qu'une novice se chargea si bien de me satisfaire qu'aussitôt je pensai à Sémeï maudissant David, et je me disais : Oui, c'est bien le Seigneur qui lui ordonne de me dire toutes ces choses... Et mon âme savourait délicieusement la nourriture amère qui lui était servie avec tant d'abondance.

C'est ainsi que le bon Dieu daigne prendre soin de moi. Il ne peut toujours me donner le pain fortifiant de l'humiliation extérieure, mais de temps en temps, Il me permet de me nourrir des miettes qui tombent de la table des enfants. Ah ! que sa miséricorde est grande, je ne pourrai la