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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Gaston Pottier (Céline Maudelonde). 20 juillet 1897.

 

20 Juillet 97

Ma chère petite Céline,

Je te remercie bien et nous toutes ici nous te remercions de la marque de sympathie que tu nous as donnée par ta dernière petite lettre. Nous y avons été bien sensibles. Tu es bien gen­tille de prendre ainsi part, avec tant d'affection, à notre grande épreuve. Notre petite malade est toujours dans le même état. Mr. de Cornière la trouve perdue à moins d'un miracle. Tous les trois jours elle crache le sang; elle est bien changée, je t'assure, car l'amaigrissement augmente de jour en jour ; elle peut aller encore comme cela quelques semaines, peut-être quelques mois, mais il ne faut pas se faire illusion, c'est un Ange qui va s'envoler vers le Ciel. Ah ! ma chère petite Céline tu le penses bien, c'est une grande épreuve pour nos cœurs, mais nous sommes résignées et prêtes au sacrifice. Il ne faut pas être égoïste, elle va être si heureuse ! !...

Je remercie le bon Dieu de m'avoir fait connaître cette petite sainte, car ici dans la Communauté, elle est ainsi aimée et appré­ciée. S'il t'était donné de la voir, tu dirais comme nous et tu n'aurais qu'une envie, ce serait de marcher sur ses traces. Ce n'est pas une sainteté extraordinaire, ce n'est pas un amour de péniten­ces extraordinaires, non, c'est l'Amour du bon Dieu; les gens du monde peuvent imiter sa sainteté car elle ne s'est étudiée qu'à tout faire par Amour et à accepter toutes les petites contrarié­tés, tous les petits sacrifices qui arrivent à chaque instant comme venant de la main du bon Dieu. Elle voyait le bon Dieu en tout et faisait toutes ses actions le plus parfaitement possible. Toujours le devoir avant tout, et le plaisir, elle savait le sanctifier tout en le goûtant, en l'offrant au bon Dieu. Oh ! que de mérites elle a acquis, si tu savais !.. Quelles découvertes l'on fera au Ciel ! !... Je lui demandais l'autre jour: Avez-vous quelquefois refusé quelque chose au bon Dieu?... Elle m'a répondu: «.Non je ne m'en rappelle pas; même lorsque j'étais toute petite, dès l'âge de trois ans, j'ai commencé à ne rien refuser de ce que le bon Dieu me demandait. » C'est tout dire, n'est-ce-pas, que de faire cette réponse et c'est rare de l'entendre même dans nos Carmels. Ne jamais avoir rien refusé au bon Dieu! !. Et si tu voyais sa joie de mourir. Mourir pour aller vivre de la vie du bon Dieu, mourir pour aller au Ciel, c'est là son unique désir... Et sa figure s'illumine quand on lui dit que son désir va se réa­liser. C'est bien beau d'envisager ainsi la mort et c'est une consolation pour ceux qui restent. Cela vous empêche de la craindre, on l'envisage soi-même avec plus de bonheur.

J'ai pensé, ma petite Céline, qu'en te donnant notre petite malade comme exemple je ne pouvais te donner de meilleurs conseils. Oh ! si elle était à ta place, si elle avait comme toi une petite épreuve du côté de sa famille, comme elle saurait en pro­fiter. Elle verrait le bon Dieu dans toutes les circonstances et elle lui offrirait chaque petite épine qui blesse le cœur comme un acte de parfait amour. Voilà ce qu'elle ferait et elle sentirait une grande paix. Mais elle m'a dit bien des fois, «ce n'est pas dire qu'il ne faut pas ressentir la peine, la souffrance; où serait le mérite si on ne la ressentait pas ? On peut la ressentir très vive­ment même, mais l'offrir au bon Dieu et trouver dans cette offrande au milieu des plus grandes souffrances une grande paix. »

Je lui ai lu ta petite lettre et elle m'a chargée de te faire cette réponse : « Dites à Céline que je n'oublierai jamais ma petite amie d'enfance, et quand je serai au Ciel, je veillerai sur elle d'une manière toute particulière. Dites-lui que le bon Dieu l'ap­pelle à être une vraie sainte dans le monde et qu'il a sur elle des vues et un amour tout particuliers.» Je te transmets ses paroles comme elle me les a dites. Ah ! il est certain que lorsqu'elle sera au Ciel ce sera un Ange protecteur pour nous tous. Je t'en­verrai la prochaine fois quelques petites poésies faites par elle, je suis sûre qu'elles te feront du bien.

Je te quitte, ma chérie en te disant que je t'aime beaucoup. Du courage, marchons toutes les deux sur les traces de notre petite sainte.

Ta petite sœur Marie de l'Eucharistie

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