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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 15 septembre 1895.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 15 septembre 1895.

 

+ Jésus                               J.M.J.T.                                15 sept. 95

 

Ma chère petite Céline,

     Ta petite lettre m'a fait bien plaisir... il y avait longtemps que je n'avais eu de tes nouvelles, et je commançais à désirer beaucoup une lettre me donnant des détails sur la vie de mes petits habitants de Fervaques.

Je vois avec plaisir que le bon Dieu ne t'abandonne pas puisqu'il t'envoie quelques épreuves et il me semble que tu es plus forte, plus courageuse au milieu de ces sacrifices que le bon Dieu te demande.

Je ne t'ai pas oubliée, je [lv°] t'assure, dans ma nouvelle vie, au contraire. Tu m'es encore plus présente à l'esprit et le bon Dieu entend souvent parler de toi et de tous les tiens. Ton cher petit ange (la petite Marguerite, âgée de trois mois et demi) surtout m'est toujours bien cher. Tu connais combien je m'y intéresse, et je t'assure que j'ai pris bien part au sacrifice qae le bon Dieu t'a demandé, j'ai compris ton chagrin... N'as-tu pas fait don à Jésus, comme je te l'avais dit, de tous les sourires de ta chère petite fille?... Sois sans crainte, II ne t'abandonnera pas et jusque-là, tu me l'as dit bien des fois, tu n'as eu qu'à Le remercier de toutes les grâces qu'il t'a faites.

       Ton petit prédicateur n'est pas [2r°] perdu, tu le vois... Je te prêche toujours sur le même sujet mais c'est parce que je sais combien tu en as besoin quoique j'aie remarqué beaucoup de progrès. Abandon et courage, voilà ta devise.

       Tu désires que je te parle de mes joies et de mes peines comme autrefois. C'est avec plaisir que je continuerai toujours nos petits entretiens... Si tu savais, ma pauvre petite chérie, ce que je suis heureuse. Jamais je n'aurais cru éprouver autant de bonheur... Je suis enfin au comble de mes désirs, ces désirs dont je t'ai souvent fait part, et maintenant je n'ambitionne qu'une chose, c'est de devenir une sainte carmélite. Tu sais ce qui avait été convenu [2v°] entre nous deux au moment de ton mariage : chacune dans la différente vocation où le bon Dieu nous appelle, nous tâcherons de devenir des saintes. Tu sais en quoi consiste la sainteté, je le reconnais encore maintenant plus que jamais, c'est à aimer le bon Dieu de tout son cœur et à penser bien souvent à Lui en Lui gagnant le plus d'âmes possible. Je sais que tu me comprends bien... Sais-tu ce que fait une pauvre petite âme qui veut se donner tout entière au bon Dieu. Elle balaie et époussette une grande partie de la journée. Voilà ma vie et je fais tout mon possible pour ne pas perdre ces actions si petites en apparence. Chaque petit grain de poussière peut se transformer en un acte d'amour et de demande de pardon pour les âmes.

         Je te quitte ma chérie, en t'embrassant du plus fort de mon cœur et en te disant encore que je t'aime toujours. Un bon baiser à ton cher [2v°tv] petit ange. Je n'oublie pas les sourires qu'il m'a faits la dernière fois que je l'ai tenue dans mes bras. On aurait dit vraiment qu'il comprenait que c'était mon adieu.

Ton cher petit prédicateur
Sœur Marie de l'Eucharistie
                                  r.c.i.

Rappelle-moi au souvenir de ton mari.

Mère Marie de Gonzague et les cousines disent mille choses aimables à leur petite Céline (ce PS est de la main de Mère Agnès - on se souvient que les Martin et les Maudelonde ne sont pas cousines).

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