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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Début janvier 1897.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Début janvier 1897.

 

+Jésus                                   J. M. J. T.

 

Ma chère petite Céline,

       Bonne et joyeuse année... à toi, ma chère petite Sœur. Comment te dire tout ce que je désire pour toi... Quand on aime, les désirs, les souhaits sont si nombreux, si sincères, qu'on aurait beau les énumérer les uns après les autres, il en resterait toujours quelqu'un d'oublié dans une des retraites profondes du cœur. Le cœur forme des souhaits que les paroles ne peuvent rendre.

       Les Carmélites paraissent, on peut justement le dire, toujours de la dernière heure [lv°]. Ce compliment, elles paraissent le mériter, mais en allant bien au fond de ce retard, on peut trouver qu'il n'est qu'apparent et qu'au contraire, il n'y a peut-être personne au monde qui soit plus régulier et souhaite la bonne année plus tôt. Car dès la première seconde du 1er janvier, ma petite sœur chérie recevait mes souhaits par l'entremise de Jésus (il était d'usage que les carmélites veillent au chœur, de onze heures à minuit, le 31 décembre, afin de vivre dans la prière les dernières minutes de l'année écoulée, et les premières de l'année qui s'ouvrait) et Lui seul connaît et peut accomplir les souhaits si intimes et si secrets que le cœur forme. Tu sais, n'est-ce pas, ma chère petite sœur, si j'ai pensé à toi et à tous les tiens, à ma chère petite nièce tout particulière­ment.

     Ta lettre m'a été remise par le petit [2r°] Jésus, le jour de Noël. Notre Mère l'avait reçue quelques jours avant mais comme c'était l'Avent, je n'ai pu la lire que le jour de Noël. C'était double consolation pour moi, le petit Jésus m'apportait des nouvelles de la chère petite âme à laquelle je suis si attachée. Tu fais bien, ma chérie, de me recommander ton beau-père, car tu sais, c'est là le but principal des Carmélites, ramener par leurs prières et leurs pénitences les âmes des pauvres pécheurs. Là où les missionnaires vont lutter, combattre, elles volent pour préparer les cœurs par la prière et la pénitence qui sont les deux armes les plus chères au Cœur de Jésus.

     [2v°] Ma chérie, je ne sais si tu es comme moi, mais lorsqu'il y a une année d'écoulée, je me plais à la repasser en revue, à en rappeler tous les détails, et le plus fort sentiment qui domine en mon âme est celui de la reconnaissance envers le bon Dieu. Ce qui frappe en repassant sa vie, ce sont les grâces surabondantes du bon Dieu, elles sont si multipliées que l'on se demande vraiment comment on a le cœur si sec et si froid pour un Cœur qui vous aime tant. On se demande comment le bon Dieu peut avoir tant d'amour et en être si prodigue pour des âmes qui, elles, de leur côté ne voient que péché, que misères, qu'ingratitude. Oh! comme à la fin de l'année on regrette de ne pas en avoir employé les plus petits instants pour le bon Dieu, pour son amour. La fin de l'année est pour moi comme une image, en petit, de ce qui doit se passer au moment de la mort. Car, à la fin d'une année, on se sent encore le temps de mieux faire et cependant que de regrets sur le temps qui vient de s'écouler. On sent que le temps perdu ne revient jamais. Mais avec le bon Dieu, est-ce cela qui arrive? Oh! non, une heure d'amour pour Lui rattrape des années sans penser à Lui parce qu'il est la Miséricorde Infinie 34. C'est parce qu'il est trop bon qu'on Le sert si mal. Il y a si bien moyen de réparer des vies entières avec Lui... et on ne le veut pas... Ma chérie, je te souhaite [lr°tv] au commencement de cette année d'acquérir l'habitude de la présence du bon Dieu qui est dans ton cœur et ce à quoi tu penses si rarement. Je puis faire un jugement téméraire, mais enfin, pardonne-moi. Je voudrais que tu penses souvent à Jésus présent en toi, en ton cher petit Ange dans lequel II prend ses délices avec tant d'amour. Vois-Le, aime-Le, adore-Le surtout dans le sanctuaire intime de ton cher petit Ange. Oh! comme il y est heureux. Apprends bien à ce cher petit à aimer Celui qui l'aime tant et le comble de tant de grâces. Oh! si tu voyais la beauté intérieure de ce cher petit être qui est toujours avec toi, comme tu serais recueillie et aimante pour Celui de qui découle toute gloire. Tu ne pourrais soutenir la vue de la beauté de cette petite âme qui est en la compagnie des Anges, car c'est un fait certain que les petits enfants voient et jouent avec les petits anges. Si l'on avait la foi et une foi bien grande, que de beautés Dieu nous révélerait. Quand nous serons au Ciel, nous comprendrons et verrons tout cela et ne regretterons qu'une chose, de ne pas avoir vécu assez dans l'union avec le bon Dieu, de ne pas avoir regardé tout avec [lv°tv] les yeux de la foi. Habitue-toi, je t'en prie, ma chérie, à voir Jésus en tout, à vivre enfin de la vie de la foi. Je désire que ces quelques mots te fassent du bien et te fassent aimer de plus en plus Celui qui va devenir mon Divin Epoux. Prie bien fort pour ta pauvre petite sœur. Demande pour elle qu'elle se prépare bien à ce grand acte de sa vie religieuse, fais prier ton cher petit Ange, la prière des petits enfants est si pure, afin que le bon Dieu veuille bien m'accepter pour son Epouse. Le temps s'avance et j'espère que dans un mois je serai fixée sur le jour béni qui verra mes noces spirituelles avec Jésus.

Ta petite sœur qui te chérit
Marie de l'Eucharistie
r. c. i.

Toutes tes petites cousines t'envoient leurs baisers et leurs souhaits les plus affectueux. Rappelle-moi au bon souvenir de ton mari.

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