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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin 1895-début 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin 1895-début 1896.

 

+ Jésus                                                                               J.M.J.T.

 

Ma chère petite Céline,

     Je viens de recevoir ta lettre m'apprenant la maladie de ta chère petite Marguerite. Depuis ce moment ma pensée ne te quitte pas et j'offre tout, prières et sacrifices pour que le bon Dieu te donne la confiance et le courage nécessaires pour traverser le temps de l'épreuve qui ne sera pas long, je l'espère. Pauvre petite chérie!... tu vois combien le bon Dieu t'aime, II te trouve digne de porter un bout de sa Croix... Tu lui as prouvé ton amour en bien des circonstances. Lui de son côté n'a jamais cessé de te combler de grâces, mais aujourd'hui Il te montre son amour d'une manière particulière en t'envoyant la Croix, le don le plus précieux qu'il puisse nous faire. Tu sais ce qu'il est dit dans Henri Suso (alors très lu au Carmel de Lisieux) : « J'accorde mes grâces aux bons et aux méchants, mais je réserve mes croix aux élus, aux prédestinés », et bien d'autres passages qui sont bien beaux et redonnent courage à l'âme abattue par l'épreuve. Relis si tu le peux ces passages que je t'ai copiés dans le petit cahier que je t'ai donné. C'est le moment de te les approprier.

Oui, nous allons prier pour toi, pour vous tous, toute la communauté s'unit de grand cœur à nos prières et tes chères petites cousines tout particulièrement. Mais surtout sois confiante envers le bon Dieu... Il est Père... Il est Mère... et tu sais ce que renferme le cœur d'une mère... Il ne t'abandonnera pas et s'il t'envoie l'épreuve, c'est qu'il a des desseins bien particuliers sur ton âme. Je comprends tout ce que tu dois souffrir, mais prends courage, cette épreuve n'aura qu'un temps, et après reluira de joie, et plus tard dans l'éternité tu verras et seras heureuse d'avoir participé à la Croix de notre bon Jésus. Les souffrances du cœur sont les plus pénibles, mais elles sont aussi [2v°] les plus méritoires... Si tu savais comme je comprends ta peine et combien je m'y unis.

       Ton pauvre petit ange connaît déjà la souffrance, oh! il faut les offrir à Jésus ces souffrances, unies à celles de la pauvre petite mère qui ne sont pas les moins agréables à Dieu.

       Aie confiance... tu sais quand j'étais petite comme ta petite Marguerite je lui ressemblais bien sous le rapport de la faiblesse, j'ai donné bien du mal à mes pauvres parents, et cependant je suis arrivée quand même à acquérir la santé nécessaire pour être Carmélite. Il en sera ainsi de ta petite Marguerite, je ne dis pas qu'elle sera carmélite, à moins que ce ne soit la volonté de Dieu, mais tu verras, elle reprendra peu à peu le dessus de sa faiblesse, mais ce ne sera pas sans donner des inquiétudes à sa chère petite mère. Puisque c'est par la faiblesse de son petit ange que le bon Dieu veut t'éprouver, il faut dire : fiat, et se résigner avec amour à sa sainte volonté.

       Ma chérie, je te quitte en t'envoyant toute l'affection de mon cœur et mes plus grands souhaits pour la prompte guérison de ton cher petit enfant.

Toutes tes cousines du Carmel sont bien unies à toi dans cette épreuve que tu traverses et t'envoient leurs meilleurs baisers.

Ta petite sœur
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

Rappelle-moi au souvenir de ton mari. Un bon baiser à ma chère petite Marguerite. Quand tu pourras, donne-moi de ses nouvelles, cela me fera bien plaisir.

[lr°tv] Ton offrande a bien touché notre Mère, elle te remercie bien, la neuvaine va être faite et l'argent employé comme tu le désires.

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