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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 26-28 avril 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 26-28 avril 1896.

           + Jésus                            J.M.J.T.                                 28 Avril 96

 

       Ma chère petite Céline,

       Ne m'en veux pas si j'ai tant tardé à te répondre... J'ai reçu tes deux lettres, celle de ce matin qui m'apprend la maladie de cette pauvre petite Marie Ridel. (Probablement une parente de M. Pottier. La lettre suivante donne à penser qu'elle est décédée peu après).

... Nous allons beaucoup prier... prier surtout comme tu le fais pour que le bon Dieu s'il envoie la grande épreuve, donne la résignation pour la supporter chrétiennement.

     Tu es bien heureuse, ma chérie, d'avoir un mari qui comprenne aussi bien la miséricorde du bon Dieu, il y en a tant d'autres qui devant l'épreuve se révol-[lv°] teraient contre Dieu et ne verraient qu'un châtiment, tu n'as qu'à Le remercier de cette grande grâce qu'il te fait car je te l'avouerai, lorsqu'il y a deux ans nous cherchions les moyens à prendre pour le ramener dans la bonne voie, je n'aurais jamais cru qu'il se serait tourné avec tant d'ardeur vers le bien.

       Ma chère petite Céline, tu vas voir par cette lettre que je ne puis trouver beaucoup de moments libres pour t'écrire. J'ai commencé cette lettre Dimanche, et aujourd'hui Mardi je puis m'y remettre. On ne le croirait pas mais l'ouvrage ne manque pas [2r°] au Carmel. J'ai changé d'occupations, je suis maintenant à la sacristie (avec Thérèse, sous la responsabilité de sœur Marie des Anges ; cf. LT-192). C'est un emploi qui me plaît beaucoup. Là tout ce que je fais ou touche me reporte vers le bon Dieu car je suis environnée de Lui, c'est moi aussi qui fais le chœur, qui le nettoie, toutes occupations qui nourrissent beaucoup mon âme. Toi aussi, ma petite chérie, tu as une maison, un temple à orner pour le bon Dieu. Ton cher petit ange n'est-ce pas le temple du bon Dieu et un temple bien agréable à ses yeux, il est si pur... Plus ce cher petit être grandira et plus tu découvriras les [2v°] beautés de la grâce dans une âme. Tu me demandes de te parler de « moi », eh! bien, ma pauvre petite chérie, je vais très bien et suis toujours très heureuse, mais tu sais, le bonheur de la vie religieuse consiste dans la croix, dans la souffrance, toutes choses qui déplaisent fort à la nature. Si, comme le dit le monde, les religieuses sont exemptes des peines de la vie, elles ont quelquefois des peines intérieures bien grandes, mais tu sais, pour acquérir le ciel il faut bien travailler et souffrir... Tu vois que nos occupations quoique bien différentes ont un certain rapport entre elles puisque notre seul but et unique fin c'est Dieu, et du moment que nous [2v°tv] rapportons toutes nos actions à Dieu, nous sommes liées par une intimité plus grande.

   Je t'assure que je vais prier pour toi et tous les tiens afin que le bon Dieu vous donne force et courage. Prie bien aussi pour moi, n'est-ce pas? Tu sais que je ne t'oublie pas et que je ne t'oublierai jamais.

Ta petite Sœur Marie de l'Eucharistie

Rappelle-moi au bon souvenir de ton mari. Une caresse à Bébé.

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