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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin août 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin août (?) 1896.

 

+ Jésus                             J.MJ.T.

Ma chère petite Céline,

         Je viens un peu tard te remercier de tes bons souhaits de fête... M'excuser je n'ose le faire... Une carmélite ne doit jamais s'excuser... puis mes excuses finiront par n'être plus valables à tes yeux, toutes mes lettres commençant par la même ritournelle. Cette fois-ci c'est le bon Dieu qui a été cause de mon retard et c'est à Lui seul qu'il faut porter plainte. Tu pourrais croire quelquefois que depuis que je suis au [lv°] Carmel la règle défend de répondre aux lettres et que c'est pour cette raison que j'éloigne toujours mes réponses. Détrompe-toi, il n'en est pas ainsi au contraire, surtout lorsque ce sont des lettres qui parlent du bon Dieu et des âmes.

       J'espère que je vais te trouver à Fervaques, tu dois être de retour (de la Musse. Les Maudelonde y succèdent, l'été, aux Guérin. On croit comprendre que M. Pottier est resté à Fervaques, au moins une partie de ce séjour : séparation dont la cousine Céline a dû souffrir), j'attendais toujours pour t'écrire ne sachant trop où te rencontrer. Tu as goûté un peu au sacrifice de la séparation pendant quelque temps, j'ai bien pensé à toi et je pensais que ce petit sacrifice allait t'unir encore davantage au bon Dieu... Me suis-je [2r°] trompée ?... Lorsqu'on se trouve en quelques petites peines, surtout celles du cœur, on est tout heureux de trouver quelqu'un à qui parler, à qui confier ceux qu'on aime, et sans s'en douter, nous nous rapprochons bien plus du bon Dieu... Nous nous apercevons qu'en Lui l'on retrouve ceux qu'on aime. Cela a-t-il été vrai pour ma petite Céline?... Ne crois pas que je t'oublie dans mes prières, je sais que tu en as besoin, je le sens bien souvent, et le bon Dieu me demande de dire à ma chère petite sœur qu'elle n'abandonne jamais ses communions volontairement, qu'elle les fasse avec la plus grande [2v°] régularité. Puisque le bon Dieu lui a donné un mari chrétien, il faut qu'elle fasse fructifier cette grâce du bon Dieu et qu'elle Le remercie en allant le recevoir autant de fois qu'elle le peut. Il ne per­mettra jamais qu'il lui en arrive du mal à aucun point de vue.

         Il faut maintenant que je parle de moi, sans cela paraît-il ma lettre n'aurait aucun charme. Je suis toujours très heureuse et je ne regrette pas ce que j'ai fait en venant ici. Douter de ma vocation est chose bien impossible, j'ai trouvé enfin ce que je cherchais. J'ai toujours bien besoin de prières pour devenir une sainte, car la vie de sacrifices paraît quelquefois dure à la nature, mais le bon Dieu me fait tant de grâces qu'il faut que je sois bien généreuse, pour répondre à son amour. Oh oui, ma petite Céline, si tu veux faire plaisir à ta petite sœur, il faut que tu aies le désir de devenir une sainte et tu sais que ce n'est pas difficile, surtout toi qui as été comblée de grâces du bon Dieu. Repasse ta vie et tu verras que toujours le bon Dieu t'a accordé des grâces sans nombre. Il faut répondre à ces grâces en étant bien fidèle à tous nos exercices de piété : méditation, lecture spirituelle... Que lis-tu ? Que médites-tu en ce moment ? Tu sais que je m'intéresse beaucoup à toi et chacune dans notre vocation, nous pouvons devenir de grandes saintes. Une mère de famille bien fidèle à Dieu, sachant lui prouver [lr°tv] son amour par de petits sacrifices qui sont les petites délicatesses de l'âme envers Dieu, peut être dans le Ciel plus élevée en gloire qu'une carmélite. Tout dépend de la façon dont on correspond à la grâce, si l'on est fidèle et bien fidèle on devient vraiment saint. C'est le seul moyen. Au Ciel nous nous retrouverons et nous serons certainement toutes les deux unies d'une façon particulière. L'union des âmes ne meurt pas. Oh ! oui je t'aime, ma chère petite Céline, le nom de sœurs que nous nous donnons est bien vrai. On peut être sœurs quelquefois et ne pas s'aimer, c'est pourquoi ta chère petite fille m'est bien chère et que je ne crains pas de l'appeler « ma petite nièce ». J'ai eu de ses nouvelles par tante Clémence, il paraît qu'elle a pris bonne mine à la Musse et de la malice aussi... L'histoire du mea culpa nous a fort amusées. N'oublie pas de me raconter ses petits faits et gestes, cela fait le sujet de récréations fort amusantes. On s'informe souvent de Bébé au Carmel. C'est un personnage important chez les Carmélites. Mais les nouvelles qui m'intéressent encore le plus sont celles [lv°tv°] de ma petite sœur... Son âme, toujours son âme m'intéresse et je suis très heureuse de recevoir des lettres qui m'en parlent et qui m'en parlent beaucoup.

         Je te quitte, ma chérie, en t'envoyant mon plus gros baiser ainsi qu'à Bébé. Rappelle-moi au bon souvenir de ton mari.

Ta petite sœur qui te chérit.
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

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