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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 28 juin 1896.

 

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. 28 juin 1896.

 

+ Jésus                                           J.M.J.T.

                                                                                                                28 Juin 96

Ma chère petite Céline,

       Quinze jours sans répondre à ta lettre ! Que vas-tu penser de ta pauvre petite Marie de l'Eucharistie?... Tu penseras sans doute que depuis son envolée vers le Carmel, elle a oublié parents, amis, etc., et ne cherche qu'une chose, c'est à s'en exiler complètement... oh! que ce serait mal si cette pensée pouvait seulement te traverser l'esprit... Moi

qui t'aime tant [lv°] et qui pense si souvent à toi, qui prie tant pour toi et les tiens, mais vois-tu, c'était la semaine dernière la fête de notre Mère, et avant cette fête nous étions bousculées d'ouvrages de toutes sortes, et les jours passaient sans que je puisse répondre à ta lettre.

     Maman m'avait appris ton séjour à Trouville à cause de la santé de ton mari. Il faut bien espérer que cela lui a fait du bien et que le mieux se continue toujours. Il paraît que ta petite fille a ravi tous les Trouvillais par sa sagesse et son bon caractère. Cela ne m'étonne [2r°] aucunement, son joli petit visage est resté bien gravé dans mon esprit et j'espère que je ne serai pas bien des années sans la revoir, ma chère petite nièce.

     Mais à propos, et « toi », ce qui s'appelle l'intime de « toi », de tes bonnes dispositions, tu ne m'en parles pas dans ta dernière lettre. Cela me manque beaucoup, je voudrais savoir comment cela va dans le pays spirituel. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, dit-on, je me repose sur ce dicton... Puis, ma tante s'est chargée de me renseigner sur ce sujet en me disant que malgré toutes tes [2v°] épreuves pendant la maladie de ton mari, tu étais très gaie, toujours gaie malgré les petites contrariétés.

       Oh! crois-moi, pratique la vertu généreusement, c'est comme cela que l'on est heureux. Depuis que je suis au Carmel j'apprends à connaître la vraie vie, la vie sérieuse, la vie de renoncement qui paraît bien dure à la pauvre nature, et je t'assure que le bon Dieu inonde de grâces les âmes qui se sacrifient généreusement. Prie toujours beaucoup pour moi, pour que je sois bien fidèle aux grâces de ma vocation et remercie bien le bon Dieu des grâces qu'il me fait; grâces crucifiantes souvent c'est vrai, mais ce sont les meilleures. Demande au bon Dieu qu'il me donne une santé forte, capable de me faire bien remplir tous mes devoirs de carmélite. Je me porte bien, je ne pouvais espérer beaucoup mieux, mais je désire encore plus, je voudrais être une vaillante petite novice. Ceci dit entre nous, n'en parle à personne... tu es ma petite confidente. Le bon Dieu m'a donné sûrement la vocation, II me [lr°tv] donnera la santé nécessaire pour la suivre mais II peut bien permettre aussi que j'aie quelquefois des petites épreuves de ce côté et elles paraissent bien dures.

       Je te quitte, ma chérie, en t'envoyant un gros baiser, j'ai bien pensé à toi le 8 et le 19 juin (19 juin, second anniversaire de mariage de Céline Pottier-Maudelonde)....

Ta petite sœur
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

Rappelle-moi au bon souvenir de ton mari. Un gros baiser à Bébé...

 

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