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De Marie Guérin à Céline Maudelonde - Juin 1894.

 

De Marie Guérin à Céline Maudelonde. Juin 1894. 

Ma chère petite Céline

A la veille du grand jour qui va ouvrir pour toi une vie nouvelle, mon cœur a besoin d'aller trouver le tien, d'abord pour lui renouveler l'affection qu'il lui porte et qui durera éternellement puisqu'elle est pour Dieu et en Dieu ; puis permets-lui de te dicter encore quelques petits conseils touchant le Sacrement de Mariage.

Peu de gens comprennent le Mariage dans le sens où il doit être compris c'est-à-dire suivant le sentiment religieux ; beaucoup y voient une fête, un jour de plaisir et de bonheur, mais le petit nombre seul sait goûter la grandeur du Sacrement. Car c'est un Sacrement, et un grand Sacrement que tu recevras, ma chère petite Céline, et l'on n'y pense guère...

Et pourquoi donc ne pas s'y préparer comme aux autres grandes époques de la vie ?... Celle-là mérite [lv°] donc moins que les autres ?... Oh ! non... c'est au contraire une des plus importantes et personne ne s'y prépare comme il convient !... On lui donne généralement un air de fête mondain, mais peu se soucient du grand acte religieux, il est presque passé sous silence!... Pourquoi cela?... Oh! c'est que tout le monde aime et s'attache aux fêtes de la terre, qui passent comme une ombre et ne pense pas aux fêtes du ciel qui durent éternellement.

Toi, ma Céline chérie, toi qui as reçu de si grandes grâces du bon Dieu, II te demande de Le consoler de cet oubli de ses créatures et de te préparer à cette grande action comme au beau jour de ta Première Communion. Tu cherches comment le remercier de la grande grâce qu'il t'a faite ? Voici le seul moyen : c'est de faire de ton cœur un sanctuaire pendant les jours qui précéderont ton mariage, ce sera le plus beau Merci que tu puisses donner à Jésus !... C'est de te préparer par une sorte de petite retraite, sans, pour cela, quitter les devoirs qui t'incomberont avant le grand jour. Le cœur uni à N.S., voilà la seule chose qui nous soit demandée pour arriver au royaume du ciel, faire toutes nos actions avec Lui et en Lui et aimer tous ceux [2r°] que nous aimons en Lui et pour Lui.

Tu me comprends, n'est-ce pas ? Et connaissant ton âme comme je la connais, je suis certaine que tu ne refuseras pas la grâce qui s'offre à toi c'est-à-dire la grâce d'une petite retraite. Plus tard, tu verras toutes les bénédictions qui découleront de ces quelques jours que tu auras donnés à Jésus. Il n'y a rien qui touche son Cœur comme un « merci » et pourquoi ?... parce que c'est justement par là que pèchent le plus les âmes : elles savent bien demander, mais elles ne savent pas remercier, et voilà aussi pourquoi la source des grâces se tarit dans les âmes qui ne savent pas dire un « merci ».

Toi, ma Céline chérie, dis un merci sincère... Que toute ta vie ne soit qu'un merci continuel. Le jour de ton Mariage surtout, vis dans un grand recueillement pour remercier Jésus. Quelques jours avant, lis la messe de Mariage qui se trouve dans les Diurnaux avec la bénédiction des Mariés.

Nous continuerons, je l'espère, à nous envoyer nos petits mots intimes, ils sont utiles à l'une et à l'autre. Ce n'est pas parce que nous changeons de vie qu'il faut pour cela oublier notre avancement spirituel. Sache toute ta vie dire : je veux pour les choses [2v°] qui regardent la religion ou ton éternité... Arrière le respect humain... il ne doit pas habiter dans un cœur comblé des grâces du bon Dieu !... Aurais-tu honte de Jésus ?... Oh ! non, si tu le reconnais, il te reconnaîtra au dernier jour . (Cf. Mt 10, 32)... N'oublie jamais, petite Céline chérie, les jours bénis de ta vie de jeune fille où tu as aimé Dieu et où tu l'as servi avec amour. Pour cela, je te recommande de ne laisser jamais passer un seul jour sans faire une méditation, ne serait-elle que de cinq minutes. Sois énergique sur ce point... Pour assurer ta résolution, fais-toi une sorte de petit règlement où tes devoirs de piété seront marqués d'une façon formelle. Tu serais bien gentille si tu pouvais aussi faire chaque jour une lecture spirituelle d'un quart d'heure, tu sais que je te prêterai des livres à ce sujet.

Mais surtout !... oh ! surtout... n'oublie pas le devoir de la communion qui t'est si doux, c'est surtout pour cela qu'il faut avoir une ligne de conduite. Communie au moins tous les quinze jours, mais que ce soit réglé, dans tous les cas ne laisse jamais passer plus d'un mois sans avoir été recevoir ton Jésus, tu lui dois cela après les grâces qu'il t'a faites. Tous les quinze jours, ce n'est pas trop demander, Jésus sera si content.

Ce que je te recommande aussi, ma chère petite Céline, [3r°] c'est de continuer toujours la résolution que tu avais prise de faire toutes tes actions en la présence de Dieu, et de les lui offrir pour sa plus grande gloire et le salut des pauvres pécheurs ; puis oserai-je te demander quelque chose ?... Ne me refuse pas, je t'en prie... Aussitôt que tu le pourras, et tu n'auras, je crois, rien qui t'en empêchera, prends le scapulaire du Mont-Carmel (la jeune femme recevra en effet le scapulaire à Lourdes) ce sera une grande joie pour moi, nous serons unies par des liens spirituels encore plus grands, tu pourras te dire ma vraie sœur puisque toutes deux nous serons enfants de la Reine du Carmel (Marie a donc confié à sa cousine son projet de vie religieuse.). Tu auras plus de mérites, puisque celui qui porte le scapulaire a part à toutes les pénitences et prières qui se font dans tout l'Ordre du Carmel, puis, petite chérie, avec ce scapulaire, l'éternité est assurée d'une manière formelle puisque la Sainte Vierge l'a révélé elle-même.

Pardonne-moi tous ces conseils que je te donne, je me sens en droit de te les donner, notre affection réciproque en est le gage, je puis dire que j'aime ton âme d'une façon que je ne puis exprimer et mon dernier souhait est qu'au ciel, nous nous trouvions réunies dans un bonheur parfait.

La petite sœur de ton âme

Marie

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