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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 13 avril 1909

 

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse 13 avril 1909

 

                                                                                                          Mardi [13 avril 1909]

Nous venons à l'instant, ma petite sœur chérie, de recevoir ta lettre, heureusement que la nôtre n'est pas partie. Nous sommes bien contentes de toutes les bonnes nouvelles que tu nous donnes, mais nous avons bien de la peine de savoir ta bien aimée Mère toujours si souffrante. Il ne faut pas s'en étonner, c'est ainsi que le bon Dieu traite ceux qu'Il aime le plus.

Nous commencerons la neuvaine que tu demandes Jeudi. Nous faisons toujours la même prière pour toutes les neuvaines demandées par l'intercession de Thérèse de l'Enfant Jésus, c'est-à-dire que chaque soir nous montons dans le petit emploi auprès de sa cellule qui est transformé en oratoire. On peut dire même que c'est pour ainsi dire sa cellule car c'est le même appartement séparé par le milieu. Là se trouve la Ste Vierge de chez nous que tu connais bien et tout autour des murs les ex-voto qui nous ont été envoyés. C'est ravissant. Donc nous disons tous les soirs aux intentions qui nous sont recommandées un magnificat pour remercier le bon Dieu des grâces qu'il a accordées à sa petite épouse et la prière pour obtenir sa béatification.

Tu peux dire cela aux personnes en question sans leur donner d'autres détails. Tu comprends que s'il nous fallait faire une prière particulière pour chaque personne la journée n'y suffirait pas.

Petite Mère est tellement surchargée qu'elle t'écrira la prochaine fois, à cause des licences elle n'a pas une minute quand je suis arrivée à la récréation elle lisait tout haut la lettre de la petite mécanicienne visitandine.

Que je te raconte un détail de Mgr de Teil.

Notre Mère lui a envoyé tout le récit de la possédée, mais comme il est extrêmement sérieux et prudent il a voulu se rendre compte par lui-même de la puissance de notre petite sœur sur les démons. Il donne donc une relique à un saint Père Jésuite de Paris qui s'occupe depuis de longues années d'exorcismes. Il a justement en ce moment une possédée à qui le diable fait souffrir des tortures. Il lui dit sans lui dire d'où venait la relique : Mettez donc cela sur la tête de votre possédée : Mais à peine la malheureuse eut elle sur la tête le petit sachet qu'elle se mit à murmurer en grinçant des dents : "La Carr...mélite !!"

Mgr de Teil est tout fier de voir que "la petite Thérèse" comme il l'appelle, fait peur au diable. Et comme je lui demandais pourquoi on n'arrivait pas malgré tout à le chasser du corps de ces malheureuses, il m'a répondu "Ah ! C'est si difficile ! Celui qui exorcise doit être si saint ! C'est déjà bien beau de pouvoir les affaiblir et les empêcher de prendre un empire plus grand sur les personnes qu'ils tourmentent. Ainsi pour le bon père Dutraza (le Père Jésuite) qui est cependant bien bon, il s'est vu un jour attaqué par le diable de la possédée qui lui dit : Tu ne feras rien ce matin, tu as fait un trop bon déjeuner. (I1 venait ce pauvre père qui a près de 80 ans, de manger son café au lait. Un autre jour il était parti sans avoir pensé à demander à son supérieur d'aller à l'exorcisme on était venu le chercher précipitamment. - En le voyant le diable lui dit encore : Tu peux t'en aller, car tu vas perdre ton temps ici, tu n'arriveras à rien, tu n'as pas demandé permission à ton supérieur". Mgr de Teil nous a dit que le bon curé de Sorges qui exorcise la possédée d'Angers sera probablement obligé de venir rendre témoignage de ce qu'il a vu.

Laissons le diable et disons-nous adieu petite sœur chérie.- Je voudrais pourtant te dire encore que nous avons vu avant le Carême une miraculée de petite Thérèse qui a été guérie subitement d'une tumeur à l'estomac à la fin d'une neuvaine. Cette personne qui est de Paris est venue faire un pèlerinage d'action de grâces sur sa tombe.

Cette fois je t'embrasse bien fort et laisse la place à Notre chère petite Mère qui veut te mettre un mot.

Ta grande sœur Marie du S.C.

Cela se raccommode chez mon oncle, il a écrit aujourd'hui un gentil petit mot à sa filleule.

PS écrit par Mère Agnès

 

Ma petite sœur bien-aimée.

Tu te trompes. Je vais très très bien après avoir jeûné tout le Carême, peut-être 8 ou 10 fois ai-je pris une tasse de tisane le matin. Mais tu sais il y a grâces d’état. Je n’ai jamais beaucoup souffert du jeûne.

Tu m’intéresses beaucoup en me parlant de cette guérison d’Evreux je voudrais bien en avoir des nouvelles. On nous avait en effet recommandé cette religieuse mais je ne savais pas qu’elle avait sa sœur à la Visitation.

Petite sœur bien aimée pendant que tu travailles à la mécanique, le bon Jésus, lui, te travailles à la main. Oui, c’est sa douce main qui travaille et embellit ta petite âme tantôt il prend une des épines de sa couronne pour aiguille… D’autres fois il ne coud pas, il peint, il peint sa douce image quand sa petite toile est bien tranquille et bien abandonnée à sa volonté. Si elle se tourmente, si elle remue, l’image est un peu brouillée.

Voilà ma petite histoire finie. A présent j’embrasse ma petite sœur et petite fille bien bien fort et je me dispose à aller à Matines.

Sœur Agnès de Jésus 

A l’occasion voudrais-tu nous faire envoyer la pièce de Sainte Clotilde.

Nous prions bien toujours pour la guérison de ta bonne mère.