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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 28 septembre 1909

 

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Fraçoise Thérèse 28 septembre 1909

 

Jésus                                                                        Carmel de Lisieux 28 septembre 1909

Ma petite sœur chérie,

Notre pauvre cher oncle [Isidore Guérin] est donc rendu au port. Il a vu le bon Dieu, il a retrouvé sa famille du Ciel, il a quitté cette misérable vie pour l'éternelle vie. Sans doute c'est pour nous un grand sacrifice, un nouveau vide qui se fait ! mais d'un autre côté je suis heureuse, je te l'avoue, de voir sa vie de souffrances continuelles finie. Je ne puis te dire quelle pitié me faisait ce pauvre oncle à chaque fois qu'il venait au parloir. Il me semblait voir une âme du purgatoire tellement il souffrait de toutes manières. Il a bien souffert aussi pendant cette dernière maladie et a certainement payé toutes ses dettes au bon Dieu si bon, si miséricordieux ! Avant-hier soir il a eu une dernière crise atroce nous écrit Jeanne dans laquelle il s'est écrié plusieurs fois "Rappelez-moi Jésus ! Rappelez-moi !" Depuis il a été très calme et Francis nous écrit ce matin qu'il est parti "bien doucement sans souffrance" Il nous dit aussi que dans la crise d'avant-hier il offrait toutes ses souffrances au bon Dieu. Tu vois ma petite sœur chérie, quelles consolations nous avons dans notre douleur. Oui, nous avons la suprême consolation. Pour moi je me trouve dans les mêmes sentiments oh ! je suis toujours à la mort de ceux que j'aime. Je pense que c'est nous qui sommes morts et que c'est lui qui est vivant et je ne crois pas me tromper. Il me semble que dans ces moments-là le bon Dieu ravive encore ma foi qui est déjà très vive et cela me donne une force très grande pour supporter la peine de la séparation. Petite Mère me disait hier : "Vraiment nous ne devrions pas pleurer avec trop de douleur ceux que nous aimons, car nous en sommes séparés pour bien peu de temps. Ainsi voyez il n'y a que cinq ans que la petite Marie est morte et déjà les voilà réunis !" Le croirais-tu ma petite sœur, je n'aime même pas dire : Elle est morte, ou il est mort. Encore une fois, je trouve que ce n'est pas la vérité.

Je n'ai pas d'autres détails à te donner petite sœur chérie, je ne sais pas le jour de l'inhumation, ce sera vendredi probablement, Jeanne t'enverra une lettre.

A bientôt, je t'embrasse tendrement comme une petite sœur que j'aime plus que moi-même.

Marie du Sacré Coeur

r.c.ind.

Il faut beaucoup prier pour notre cher oncle si nos prières ne lui servent pas elles ne seront pas perdues pour cela. Veux-tu le recommander à tes bonnes Mères auxquelles j'offre mon profond et affectueux respect.

Le Père Hervé nous a écrit comme je ne sais pas son adresse, je t'envoie ma lettre.

La trousse n'a pas été faite par Thérèse.

L'inhumation est à 8h ½ Vendredi.