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Sr Marie du Sacré Cœur à Sr Françoise Thérèse - 27 Janvier 1909

 

 Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse 27 Janvier 1909

 

Jésus                                                                              Mercredi  27 Janvier 1909

Ma petite sœur chérie,

Je ne puis te dire le plaisir que tu nous as causé par ta longue lettre qui nous donnait tous les détails de ta belle fête et aussi par tous les couplets charmants qui ont été faits à cette occasion. J'ai bien reconnu là ma chère Visitation, par cette union des cœurs qui fait de la vie de Communauté une vraie vie de famille. O ma petite sœur, qui pourra dire à quel point tu es la privilégiée de Jésus, car Il t'a choisie entre dix mille et t'a abritée à l'ombre de ses ailes. Pour nous aussi, il a fait la même chose, quel heureux sort est le nôtre ! Quel amour quelle fidélité nous devons à notre bon Jésus.

Je ne sais s'il faut que je te parle de la grande nouvelle, notre chère petite Mère va te le dire. Enfin la cause de Thérèse est commencée. Mais quelle a été notre surprise quand Mgr de Theil (le Vice postulateur) nous a dit que notre déposition écrite ne servirait de rien et que c'est de vive voix qu'il faudra répondre aux questions. Ainsi, ma petite sœur chérie, je t'engage à demander à Monseigneur Lemonnier ce que tu as écrit sur Thérèse car cela pourra beaucoup te servir lorsque tu seras interrogée. Pour moi c'est cela que je ferai, je marquerai d'avance par une petite croix au crayon les principaux traits de vertu et je les lirai tout simplement s'ils ont rapport avec la question qui me sera adressée. Ainsi je ne craindrai pas de ne rien dire ce qui pourrait arriver par la timidité qui vous ferait oublier bien des choses.

Je t'avais engagée à donner des détails sur sa maladie te disant qu'il fallait faire remarquer qu'il y avait du surnaturel etc... Mais c'est inutile je m'en chargerai ayant écrit beaucoup de détails sur ce point et Mgr de Theil nous a dit qu'il fallait éviter autant que possible de donner les mêmes faits parce que cela ne servait à rien. Du moment qu'un témoin dépose d'une chose c'est assez.

Mais nous allons avoir un ouvrage assez difficile à faire ; c'est de rechercher toutes les lettres qui nous ont été écrites depuis la mort de Thérèse et de donner les plus importantes à réviser au Tribunal diocésain.

Enfin pour tout résumer le Vice postulateur nous a dit que la Ste Eglise mettait autant de soin pour béatifier un saint qu'on en met ordinairement dans les recherches que l'on fait devant les tribunaux pour condamner quelqu'un à mort. C'est à dire qu'il faut des détails et des détails, des faits précis, enfin c'est un travail gigantesque. Jamais je n'aurais cru cela.

Je m'aperçois qu'avec toutes mes explications, je n'ai pas encore dit un mot de fête et c'est pourtant ta fête qui m'amène aujourd'hui.

Ma petite sœur chérie, tu sais combien je t'aime par conséquent tu devines tout ce que je demande pour toi au bon Dieu.

Quand tu pourras nous renvoyer le Noël d'Holmès que Jeanne a prêté il ne faut pas y manquer ; nous t'enverrons de même la poésie que tu réclames. Dimanche notre bonne Mère lira tout cela à la récréation, elle ne l'a pas fait dimanche dernier parce que Mère Agnès de Jésus était en retraite du mois.

A bientôt ma petite sœur chérie, encore une fois bonne et sainte fête,

Ta petite sœur Marie du Sacré Coeur

r.c.ind.