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Sr Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse - 17 Janvier 1909

De Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse 17 Janvier 1909

J.M.J.T.

Jésus                                                                             17 Janvier 1909  Carmel de Lisieux

Ma chère petite reine,

Je viens te féliciter au nom de nous trois de ton beau titre de reine. Mais ce n'est pas qu'un titre, heureusement, c'est une réalité n'es-tu pas l'épouse du Roi des Rois ? Alors tu es donc reine. Quoique tu te regardes toujours comme le petit "chiffon de Jésus" tu ne peux pas dire le contraire afin que tu puisses te montrer libérale envers tes sujets nous t'avons envoyé une provision d'images ; il y en a bien trois pour chacune. Es-tu contente ? Surtout ma petite sœur chérie, nous prierons pour toi demain tout particulièrement "la petite reine" Thérèse, j'espère qu'elle se chargera aussi de te combler de cadeaux célestes. Malheureusement nous ne les verrons pas.

Je vais te raconter pour ta fête une grâce que notre bonne Mère a reçue la semaine dernière. Malgré qu'elle soit bien fatiguée elle avait passé tout le silence du soir à écrire des lettres au sujet de Thérèse. La dernière lettre était à un évêque du Portugal qui a pour elle une dévotion particulière. Et elle se disait en écrivant :"Si je lui racontais le miracle de la petite aveugle ?" (car il faut te dire qu'il y a ici une enfant aveugle qui lui doit sa guérison). Mais non, vraiment ce sera pour une autre fois, je n'en peux plus. Puis s'armant de courage elle se dit : Je vais l'écrire quand même pour faire plaisir au bon Dieu et glorifier sa petite épouse.

La lettre finie Notre Mère se rend à Matines ; puis trop fatiguée pour y rester jusqu'à la fin elle monte chez elle pour achever son office. Mais à peine a-t-elle entr’ouvert sa porte que des bouffées d'encens la laissent interdite sur le seuil de sa cellule. Enfin elle l'ouvre toute grande et tombe à genoux en pleurant. Pendant plusieurs minutes elle nous dit que l'appartement tout entier était rempli de cette odeur comme si on y avait déposé plusieurs encensoirs fumants. Tu comprends, ma petite sœur chérie, si notre bonne Mère a été touchée de cette réponse de Thérèse qui semblait lui dire par là un céleste merci pour tout le mal qu'elle se donne au sujet de sa cause. Mais il n'y a pas que chez nous seulement que ces choses arrivent. Un prêtre a reçu dernièrement la même faveur. Une dame de Versailles qui a été guérie d'une congestion double par un sachet appliqué sur sa poitrine dit en le recevant : oh ! que ça sent bon, quelle odeur délicieuse ! Et elle ignorait ce qui se passe chez nous.

Enfin ma petite sœur, tout cela nous prouve qu'au delà de cette vie il y en a une autre bien belle qui nous attend et que ceux qui nous ont quittés et que nous pleurons comme morts sont les bienheureux vivants de cette vie éternelle. Oui, c'est nous qui sommes les morts, c'est nous qui devons mourir tous les jours pour mériter de vivre enfin pour ne plus jamais mourir.

Je m'aperçois que ma lettre de félicitations à "la reine" finit par un sermon. Pardon, chère et bien aimée reine, ma petite sœur chérie ; je demande à vos heureux sujets de vous embrasser pour moi en particulier votre si bonne Mère sur laquelle j'appelle toute la protection de notre petite sainte.

Ton aînée

Sr Marie du S.Cœur

r.c.ind.

de la main de Mère Agnès

Petite Mère bien fière de sa nouvelle "petite reine"

Sr Agnès de Jésus

de la main de Sr Geneviève

Petite sœur "reine elle aussi" mais d'une royauté moins éclatante que son aînée,

Sr Geneviève de Ste Thérèse

(J'ai eu la fève le 6)