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Sr Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse - 21 Février 1909

 

De Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse 21 Février 1909

 

Jésus                                                                                              21 Février 1909         

Ma petite sœur chérie

Je ne vais te dire qu'un tout petit mot avant de commencer le grand Carême car j'ai encore quatre lettres qui m'attendent, entre autres, une à ta chère marraine qui demande de nos nouvelles à toutes et qui nous souhaite une bonne année à la fin de Février. C'est toujours moi qui paie et qui lui écris, il faut donc que je m'exécute comme d'habitude.

J'ai encore à écrire au Père Pichon. Et quoi lui dire mon Dieu ! Je n'ai plus besoin maintenant que de mon Jésus mais justement pour lui faire plaisir, il faut bien que j'exerce la charité envers ses amis.

Que je suis heureuse de savoir que ta bonne Mère va mieux, tu ne sais pas combien je l'aime elle qui rend ma petite sœur si heureuse !

Il y a bien un mois que n'avons vu mon oncle et Jeanne ; je pense qu'ils vont venir avant le Carême. Entre nous, si tu savais comme cela nous a semblé bon de ne pas avoir de parloir car il faut toujours lutter pour une chose ou pour une autre ; avec ce pauvre oncle surtout qui se monte la tête pour rien. Je t'assure que nous pouvons nous vanter d'avoir souffert pour Thérèse car depuis que sa vie est publiée aux quatre vents du Ciel le diable s'est acharné après nous pour nous faire de la misère et le croirais-tu ?... C'est par nos propres parents qu'il nous a taquinées de toutes manières. Le dernier parloir que nous avons eu avec Jeanne elle est partie à moitié fâchée parce que nous n'étions pas de son avis sur milles choses. Ils ont beau être pieux et saints tant que tu voudras ils ont encore l'esprit du monde et ne peuvent penser comme nous ; c'est impossible. Surtout ne parle jamais de cela. Ah ! que je suis donc heureuse de n'être plus de ce triste monde. Je me fais l'effet d'être sur une haute montagne et les gens du monde dans la vallée. Comment verrions-nous les choses du même œil. Ce qui leur paraît gros nous paraît tout petit à nous.

Je t'envoie petite sœur chérie une image de notre petite amie portugaise, il y a déjà longtemps que je l’aie, j'avais oublié de te la donner.

Aujourd'hui à 3 h. nous avons reçue de Paris une dépêche ainsi conçue : malade entièrement guérie pendant une neuvaine à Thérèse de l'Enf. Jésus.

C'est une jeune fille qu'on a recommandée il y a quelques jours et qui avait un cancer à l'estomac. Tu vois que Thérèse travaille activement pour sa cause. La chère petite ! Ce n'est pas pour elle bien sûr, mais c'est parce qu'elle sait bien que la gloire du bon Dieu en brillera davantage, car lorsqu'elle sera reconnue bienheureuse par l'Eglise sa vie fera encore plus de bien et la voie de la confiance qu'elle veut montrer aux âmes sera encore plus lumineuse.

Nous t'enverrons bientôt le Noël si charmant que tu nous as envoyé, nous avons passé une bonne récréation avec toutes ces jolies choses.

Adieu ma petite sœur bien aimée, essayons de marcher sur les traces de notre petite Thérèse et de donner à notre Jésus beaucoup de preuves de notre amour.

Ta petite sœur Marie du S.C.

r.c.ind.

Nous prions bien pour votre chère malade.