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Sr Françoise Thérèse à Sr Geneviève (Céline) - 6 août 1910

 

Sr Francoise-Thérèse Martin à sa sœur Sr Geneviève

De notre Monastère de Caen ce 6 Août 1910

 

Ma Céline chérie,

 

Tu vois je t'écris sur du papier bien fin parce que notre bonne Mère veut joindre à cette lettre trois images souvenir de notre 3ème centenaire, elles sont très jolies et cela tombe bien pour ta fête sœur chérie, tu connais le coeur de ta petite visitandine, lis y tout ce qu'il voudrait te dire en ce jour car je ne puis l'exprimer, Jésus y a renfermé tant de tendresse pour mon trio très cher qu'il ne peut plus le contenir, elle déborde de toutes parts.

Ecoute ma petite sœur, mais surtout n'ai pas de peine de ce que je vais te confier, je suis souffrante, c'est vrai, d'une bronchite localisée, Francis a dit à notre Mère que c'était sérieux, aussi c'est lui-même qui me soigne (je ne vois plus du tout notre médecin) il veut à tout prix la faire déloger la pauvre petite par des piqûres de sérum, elle n'est pourtant pas bien méchante, je souffre seulement de faiblesse, mais je tousse très peu et je peux bien si je veux m'empêcher de tousser. Tu sais que quelques jours avant sa bienheureuse mort ma petite Thérèse me faisait écrire par notre chère sœur Marie du Sacré-Cœur que si je voulais "vivre d'amour et d'humilité, elle viendrait bientôt me chercher: pour moi, elle s'annonce, je la vois venir avec bonheur! aussi je me hâte d'accomplir son programme, je la supplie de m'aider et de ne pas oublier sa promesse. Voilà quelques mois qu'il m'a été heureusement permis de faire son acte à l'Amour Miséricordieux que j'ai récité avec une grande ferveur, je le renouvelle tous les jours après ma Communion et je redis souvent ceci avec une confiance extrême (à vos yeux le temps n'est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous...) J'ai remarqué qu'à partir du moment où j'ai fait cet acte, ma santé s'est altérée tout doucement, j'ai eu trois rhumes les uns sur les autres et dès ce moment, j'ai pensé que c'était un avertissement de mon départ pour le grand voyage de l'éternité et je me suis réjouis d'aller bientôt dans la maison du Seigneur: Je n'ai peur que d'aller mieux j'ai eu l'audace de le dire en confiance à notre Mère bien-aimée qui me pressa sur son coeur en me disant tristement vous voulez donc nous quitter?... Et moi de lui répondre oh! ma Mère, je ne suis bonne à rien, je vous en prie laissez-moi mourir dans vos bras et aller voir le bon Dieu.

En attendant notre tendre Mère, m'a mise au repos matin et soir, je ne chante plus le St Office, d'ailleurs je ne pouvais plus faire sortir le moindre son, j'ai seulement gardé notre charge du réfectoire qui ne me donne pas trop de fatigue; enfin ce ne sont pas les soins qui me manquent je suis comme coq en pâte: mais rassure toi petite sœur, je ne suis pas mourante, loin s'en faut, je puis traîner longtemps comme cela: mon état est plus pénible que si j'avais un mal bien caractérisé; mais puisque Jésus me veut languissante, je Lui fais plaisir ainsi, je ne veux moi, que ce qu’il veut, chiffon! chiffon! rien de plus et quand Il trouvera son petit chiffon à son gré, petite Thérèse viendra le prendre pour le cacher dans l'ouverture de son côté Sacré pour toujours.......

Tu vois, ma chérie, comme je te parle à coeur ouvert, n'aie pas de peine surtout car je n'oserais plus recommencer et je serais aussi punie que mes petites Sœurs pour lesquelles je n'ai rien de caché; nous sommes religieuses... Je sais qu'un pareil langage serait insupportable aux gens du monde et qu’ils n'y comprendraient rien, ils en seraient peut être scandalisés mais pour nous autres, il en est tout autrement puisque déjà à la façon des Bienheureux, nous nous efforçons dès l'exil, à voir toute chose en Dieu.

Merci, de tes deux chères lettres, j'ai classé quelques fragments des lettres de Thérèse, dans ma déposition comme tu me l'as conseillée, nous avons reçu comme vous la relation du miracle et de l'apparition du Sacré Coeur à l'heureuse privilégiée, notre chère Sœur de la Vtion de Paris; que c'est touchant! comme cela fait connaître et aimer N.S.je comptais t'en parler. Je bénis la retraite de ma petite Mère chérie qui m'a vallu (sic) une si bonne et longue lettre, les 3 nouvelles images, enfin tous les envois réitérés de ma petite maman gâteau, tout! tout! me fait tant de plaisir, je suis comme un enfant à la réception des objets: oui, j'ai envie des éditions étrangères de la vie de notre ange, mais seulement deux livres Anglais et un Polonais si vous l'avez en cette langue; je voudrais bien aussi quelques pluies de roses pour la fête de Notre Mère, ce que nous avions a été épuisé en un rien de temps car c'est continuel que l'on demande, souvenirs, neuvaines, etc.. Nous apprécions beaucoup la belle vie de Mère Marie-Ange et nous sommes heureuses d'avoir les neuf brochures, mais ne trouvez-vous pas comme nous que cela donnerait plus d’intérêt si le portrait de cette bonne Mère y était? Nous voudrions bien aussi des authentiques seulement sur papier car sur étoffe nous en avons assez: merci ! à l'avance de tout... car toutes vos bontés et délicatesses sans nombre pour votre petite sœur la touchent au delà de tout ce qu'elle pourrait dire avec le froid langage de la terre mais je compte bien me dédommager dans les cieux. Je vous embrasse de tout mon coeur affectueux et reconnaissant,

Sr Françoise-Thérèse Martin

D.S.B.

 

J'ai vu le petit garçon guéri par Thérèse, je voudrais qu'il porte le plus tôt possible ses petits bâtons sur sa tombe et qu'il n'en soit plus question. Notre chère Sr guérie s'appelle Louise-Eugénie elle est du rang de nos Srs Converses.

Merci! à ma petite Marie de son dévouement à m'écrire, ses bonnes et chères lettres qui me révèlent tout son grand coeur touchent profondément le pauvre petit mien.

A la prière d'une de nos chères Srs blanches Sr Marie Joséphine, chargée des abeilles ; petite Thérèse lui en a envoyé un nouvel essaim, la ruche porte son nom, n'est-ce pas gentil et gracieux comme elle???? Nous sommes embaumées des merveilles de notre Thérèse, nous vous retournerons ce trésor à l'occasion, merci  ! de nous faire ainsi tout partager .Nous y joindrons la relation anglaise d'un miracle fait en notre Monastère de Wilmington adressée il y a plusieurs mois à celui du Mans par la chère favorisée de petite Thérèse qui m'y croyait religieuse. Si tu souffres des talons petite Céline chérie, fais les traitements que je t'ai envoyés.