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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 19 Septembre 1910

 

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse 19 Septembre 1910

 

Jésus                                                                               Lundi 19 Septembre 1910

Ma petite sœur chérie,

Tu demandes quand viendra ton tour ? Je n'en sais rien bien sûr, mais ne te tourmentes pas, il n'y a que la première fois que cela coûte. Après on voit qu'il n'y a pas lieu d'avoir peur, Mr Dubosq est très bon et très intelligent, il aide beaucoup lors­qu'on ne sait pas comment s'exprimer, il arrange lui-même les phrases. C'est te dire ma petite sœur chérie, que j'ai fait ma déposition. J'y ai passé 4 jours et demi à raison de 6 heures par jour (j'aurais bien pu avoir fini en 2 jours si le bon chanoine n'écrivait pas si lentement), mais ce sera beaucoup moins long pour toi parce que tu n'as pas à rendre compte de sa vie religieuse. Les jours de mes dépositions étaient la matinée du 6 Septembre le jour de l'exhumation puis le Vendredi et le Samedi toute la journée, ces messieurs ayant été obligés de s'absenter Mercredi et Jeudi. Enfin, le lundi 12 et Mardi 13. Sr Geneviève a commencé le 14 à déposer, puis elle a dû interrompre, Mr. Quirié ayant été rappelé à Bayeux pour deux jours, demain lundi elle va recommencer jusqu'à ce qu'elle ait fini. Probablement qu'elle prendra toute la semaine car elle en a beaucoup plus long que moi. Je ne puis rien te dire, chère petite sœur, cependant je veux te rappeler la date de la naissance de nos parents, cela pourra peut-être te servir. Rappelle-toi aussi leurs vertus. Tu dois te souvenir comme notre bonne petite Mère était charitable, compatissante pour les malheureux. Te rappelles-tu quand elle recueillit ce pauvre Mr. de la Bôve qui s'abritait avec sa femme et son enfant sous un grand portail de la Préfecture. On les fit entrer à la maison et après les avoir restaurés ce bon petit Père se chargea de trouver une place au Monsieur. Le jour de la naissance de Thérèse il témoigna sa reconnaissance par les vers qu'il composa et envoya porter par son fils.

Tu te rappelles aussi sans doute comment cette bonne petite Mère prenait la défense de l'opprimé... Tu te souviens de cette pauvre enfant qui était si malheureuse chez les deux soi-disant religieuses qui te donnaient des leçons et comment malgré tous les ennuis qui pouvaient en résulter maman la délivra de leurs mains.

Pour notre bon Père tu sais que sa vertu dominante était une grande charité dans ses paroles ; lis ce qui est écrit sur son mémento ; enfin tu sais comme moi quelle était leur foi et leur piété et comment ils essayaient de nous animer des mêmes sentiments.

Prends quelques notes afin de n'être pas au dépourvu si on te pose des questions à ce sujet.

Ce que je te demande c'est de montrer tout ce que tu as écrit à ta bonne Mère afin qu'elle veuille bien corriger les fautes d'orthographe s'il y en a. Ces messieurs te demanderont certainement à voir les feuilles où tu as pris des notes. Comme tu n'as pas encore prêté serment cela t'es permis. Mgr de Teil nous l'a dit. Mais ensuite tu ne le pourras plus, ainsi profite de ta liberté pour demander un bon conseil. Après cela ne te tourmente plus de rien, je t'en conjure, parce que le bon Dieu aide au moment même je m'en suis bien aperçue.

Nous t'enverrons du bois de cercueil et des morceaux de bure aussitôt que Sr Geneviève pourra s'en occuper mais ce ne sera pas avant 15 jours.

Lorsqu'on a remonté le cercueil de la fosse profonde où il se trouvait, Mgr de Teil nous dit qu'il s'en était détaché une planche du côté de la tête. Or voilà qu'une de nos sœurs tourières en allan t au cimetière aperçut au milieu d'autres morceaux de bois jetés le long du mur une planche qui lui semble être du cercueil mais elle n'en était pas sûre. Elle la cache sous son tablier et nous la rapporte, se disant :que je voudrais donc bien avoir une preuve que c'est du bois du cercueil. Arrivée au Carmel, elle passe sa planche à la portière qui la dépose sur la petite table du tour. Sr M. de la Trinité qui ne savait rien du tout était justement dans le couloir qui conduit au tour, elle venait y chercher un paquet de livres, lorsqu'elle se dit : Quelle délicieuse odeur d'encens ! d'où peut venir ce parfum ?... Elle s'approche de la petite table pour prendre son paquet quand elle aperçoit dessus une planche humide et vermoulue, "Oh ! c'est du bois du cercueil se dit-elle" Une seconde effluve d'encens plus forte que le première vint lui en donner la preuve. Elle court en toute hâte chercher Notre Mère. Mais cette pauvre petite Mère ne connaît guère que le labeur et le sacrifice, les parfums ne sont pas pour elle, quoi qu'elle les ai sentis tout de même en d'autres circonstances. Bref deux novices viennent à passer et sont tellement embaumées de la délicieuse odeur qu'elles se mettent à pleurer toutes les deux.

Mais en voilà assez, petite sœur chérie, il faut que je finisse.

J'ai oublié de te dire, je crois que le tribunal retourne à Bayeux la semaine prochaine pour jusqu'en Février ; Mr.Dubosq ne pouvant s'absenter d'ici là. Je ne sais quand ils iront à Caen, ne te tracasse pas surtout.

Ta petite sœur qui t'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup

Marie du Sacré Coeur

r.c.ind.

Respect affectueux à ta si bonne Mère et aussi toute ma reconnaissance que je n'ai pas encore exprimée pour sa grande générosité envers notre petite sainte qui certainement le lui rendra au centuple.

Notre petite Mère va bien malgré tout le travail qu'elle a, c'est Thérèse certainement qui vient à son secours ; elle remercie sa petite Léonie du beau bouquet de fête qu'elle lui a donné pour son anniversaire (la Ste Communion !) Quel bonheur de te savoir mieux chère petite sœur !...

Louis Joseph Aloys, Stanislas MARTIN

né à Bordeaux le 22 Août 1823

Marie Zélie GUERIN

née à Gandelain (Orne) le 23 Décembre 1831