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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 23 Octobre 1910

 

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse 23 Octobre 1910

 

Jésus +                                                                Dimanche  23 Octobre 1910

Petite sœur chérie,

Je prends à dessein une grande feuille de papier quoique je n'aie guère le temps de la remplir tout entière, mais quand je vais t'avoir dit pourquoi je viens, je veux te copier le passage d'une lettre qui est assez et même beaucoup intéressant !

D'abord je viens pour t'annoncer la visite d'une postulante du Carmel de Luçon Melle de Bernon qui a été obligée d'en sortir à cause des misères que lui faisait sa Mère et qui aidée de son père a fui de la maison paternelle pour suivre sa vocation. Elle va se rendre en Angleterre dans quelques jours et est passée par Lisieux pour aller prier sur la tombe de Thérèse. Nous avons été la voir au parloir aujourd'hui, elle nous dit qu'elle allait à Caen ou plutôt qu'elle passait par Caen où elle s'arrêterait 2 heures et qu'elle se rendait à la Visitation.

Et toi, petite sœur, que deviens-tu je pense que ta déposition sera bientôt prête. Mgr de Teil est en ce moment en Italie où il s'est rendu tout exprès pour étudier à fond le miracle de Gallipoli. Il a vu le Postulateur le P. Rodrigue qui en est convaincu et enthousiasmé par les preuves palpables qu'il en a eues ainsi que le P. Jésuite qui a fait partie de la Commission d'enquête. Il a vu aussi Mgr Muller l'évoque de Gallipoli qui lui a assuré la vérité de ces faits merveilleux suivis d'autres encore et dont nous te donnerons les détails quand nous les aurons.

Maintenant j'en arrive à la lettre.

C'est M. l'Abbé Bournon curé d'Autoreille (Hte Saône) qui nous écrit pour la première fois. Voici le passage que j'extrais de sa lettre :

.......... Il faut, ma Révérende Mère que je vous raconte un fait qui peut-être vous semblera étrange, mais on ne m'ôtera pas de l'idée que Sr Thérèse s'y est trouvée mêlée.

J'avais conduit le 13 Septembre dernier un pèlerinage au tombeau du Bx Curé d'Ars. Trop peu nombreux pour profiter des réductions accordées par le chemin de fer, nous avions pris de simples aller et retour de Besançon à Bourg. Nous pouvions rester un jour de plus et j'en ai profité pour conduire à Fourvières près de la Gardienne de Lyon les pèlerins qui avaient voulu m'accompagner. Comme directeur du pèlerinage, j'eus la faveur de l'autel privilégié de N.Dame et à cette Messe que je m'efforçais de célébrer avec toute la ferveur possible, pour imiter le Bx Curé d'Ars, je me suis plu à remercier Dieu pendant le St Sacrifice de nous avoir donné Marie, et j'ajoutai... Sr Thérèse, sa pensée ne me quittait pas. Le moment du retour arriva, nous avions visité le cachot de Ste Blandine et de St Pothin, vénéré le coeur de St Vincent de Paul et je me hâtai de diriger mon monde vers le tramway pour gagner le gare Croix Rousse. Quand, regardant l'heure je vis que nous n'avions plus que 20 minutes, il en fallait au moins 25. Que faire ? A la garde de Dieu ! je calmai mon voisin qui se demandait si on arriverait par ces mots "Allons tout de même jusqu'au bout, si nous manquons le train, nous le verrons bien". Et cela ne m'allait pas du tout de manquer le train, il devait y avoir le soir à Ars une cérémonie à laquelle nous tenions à assister. Le tramway n'allait guère vite, on pouvait croire que tout se mettait contre nous. Il y avait bien encore pour 15 minutes de trajet et le train devait partir dans 8 minutes. Nous étions pris, et pourtant j'espérais. Personne ne semblait s'intéresser à nous ; qui eût pu savoir du reste notre embarras ? Quand tout à coup et sans qu'on lui eût rien demandé, une jeune fille, une enfant de quinze ans vêtue couleur de rose, les cheveux flottants sur les épaules, vint dire au prêtre qui était à mes côtés et qui portait comme mes pèlerins l'insigne du pèlerinage :"Monsieur l'Abbé soyez sans inquiétude, vous arriverez, faites poinçonner vos billets pour le funiculaire Croix Rousse, vous serez là dans 3 minutes". J'entendis la conversation comme dans un rêve je vis de même la jeune fille qui parlait, le contrôleur passa, je lui fis poinçonner les billets ; je voulais remercier l'enfant charitable, elle avait disparu comme par enchantement, ni celui à qui elle avait parlé, ni les autres pèlerins qui étaient à ses côtés ne purent la découvrir...

Nous arrivions au funiculaire, une minute après nous étions à la gare en avance de 5 minutes.

Pour moi, c'est Sr Thérèse qui est venue à notre secours. Le fait avait paru si étrange à mes pèlerins que pendant le retour je leur racontai mes impressions et leur fit l'histoire de Sr Thérèse et tous désiraient connaitre sa vie. Je racontai mon aventure à Mr. le Curé d'Ars qui fut comme nous très étonné de l'intervention de cette enfant.

Me trouvant un jour ayant besoin d'argent je lui fis une neuvaine qui devait se terminer le jour anniversaire de sa mort. Or, le 1er Octobre je recevais dans un pli recommandé le recouvrement d’'une créance dont je désespérais : 120 Frs il m'en fallait seulement 111 frs. Je vous envoie le reste voulant le faire servir à connaitre celle que je me plais à appeler ma petite sœur".

Et maintenant petite sœur chérie, je te quitte bien vite, je pense que tu seras contente de ma longue lettre. Nous allons toutes bien et toi comment vas-tu, j'espère que nous aurons bientôt de tes nouvelles.

Je t'embrasse avec toute la tendresse de mon coeur

Ta petite sœur

Marie du Sacré Coeur

r.c.ind.

P.S. Respect bien affectueux à ta bonne Mère.