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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 8 Août 1910

 

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse 8 Août 1910

 

Jésus                                                                           Dimanche  8 Août 1910

Ma petite sœur chérie,

Tu vas recevoir demain, je pense toute une avalanche... de pluie ! Nous en avons pourtant assez en ce moment que la pluie devient une vraie calamité et empêche de récolter les moissons. Mais ce n'est pas de celle-là que Notre petite Mère t'envoie. Nous mettons aussi demain au chemin de fer un colis de toutes les éditions étrangères, sauf l'italienne qui vient d'être rééditée. Mais tu la recevras bientôt.

Petite sœur chérie, tu ne veux pas que nous nous fassions de la peine des tristes nouvelles que tu nous donnes sur ta santé. Avoue que ce n'est pas facile de t'obéir sur ce point. Comme ta bien aimée Mère qui te disait en te pressant sur son coeur : "Vous voulez donc nous quitter !" Nous aussi nous sentons vivement la perspective d'une séparation. Pour toi, petite sœur, tu te réjouis dis-tu d'aller bientôt dans la maison du Seigneur. Je le crois bien !... Quitter l'exil pour la Patrie ! Entrer dans la joie du Seigneur !... Voir, non plus la Face douloureuse de notre Jésus mais sa Face glorieuse et resplendissante ! Tu as beau dire "Chiffon !, Chiffon ! Mais ce ne sera plus cela au Ciel... Jésus. Lui, dira Epouse ! Epouse de mon Cœur ! viens que je te comble de mes caresses !" Et pour supporter tant de joies, il faudra que le bon Dieu augmente notre puissance de jouir, ou notre âme y succomberait. Je ne puis te dire combien j'ai été heureuse de savoir que tu avais fait l'Acte d'offrande à l'amour miséricordieux. Mais il ne faudrait pas pourtant que notre Thérèse en profite pour venir te voler. Ce qui me fait peur c'est la promesse qu'elle t'a faite de venir bientôt te chercher si tu vivais d'amour et d'humilité. Bien souvent depuis j'ai pensé à ces paroles et j'en ai eu plus d'une fois le frisson en pensant que ma petite Léonie partirait certainement la première. Ah ! je demande à Jésus de nous la laisser encore si c'est sa volonté. Et s'il ne le veut pas qu'il nous emmène toutes bientôt dans notre vraie Patrie ou nous ne nous quitterons plus jamais !... Cette terre n'est qu'un lieu de passage, une vallée de larmes, on le sait et on veut encore y retenir ceux que l'on aime !!!

C'est le 12, ma petite sœur chérie que nous allons prêter serment, nous sommes 9 témoins, Mgr de Teil nous ayant dit qu'il ne fallait pas que toutes les sœurs qui l'ont connue témoignent parce que le procès qui sera déjà très long le serait encore davantage et inutilement. Mgr et les prêtres qui font partie de la Commission entreront le 23 dans la Communauté accompagnés de l'Archevêque de Paris Mgr Amette pour visiter les lieux où la "Servante de Dieu" a vécu. C'est exigé dans le procès. Mgr Amette étant à Trouville le 22, Mgr de Bayeux l'a invité à faire cette visite avec lui. Notre Mère chérie est encore à travailler à sa déposition, elle est si dérangée de tous côtés qu'elle se demande comment arriver à tout. Elle te dit par moi, petite sœur bien aimée, toute sa tendre affection ainsi que Sr Geneviève qui a été si touchée comme nous du reste de ta longue lettre si pleine d'abandon à la volonté du bon Dieu ! Elle finit aujourd'hui sa déposition et va se mettre bien vite à réparer nos pauvres statues qu'on a fait revenir de Belgique et qui sont bien endommagées par le voyage. St Jean de la Croix (le beau St J. de la Croix qui était dans la chapelle) y a perdu une partie de son manteau et Ste Thérèse le bout de son alpargate, sans compter les avaries qui sont arrivées aux autres.

Adieu ma petite sœur chérie, que Jésus te garde encore avec nous et surtout qu'il continue à faire de sa petite épouse une victime de son Amour. Quel heureux sort !

Ta Marie du S. Coeur

r.c.ind.

La rézéda était aussi frais que si on venait de le cueillir. Remercie pour nous ta bonne Mère des belles images qu'elle nous a envoyées, surtout dis-nous toujours toute la vérité sur ta santé ou bien je me tourmenterais encore davantage si je pensais que tu nous caches quelque chose.

Les petites boutures du gazon de Marie que tu m'as envoyées il y un an ont tellement bien pris que nous en avons maintenant une jolie bordure.