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Sr Marie du Sacré-Cœur à Sr. Françoise-Thérèse - 24 Juillet 1910

 

Lettre de De Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr. Françoise-Thérèse 24 Juillet 1910

 

Jésus                                                                                       24 Juillet 1910

Ma petite sœur chérie,

Je viens aujourd'hui à toi le coeur tout triste car Francis nous a dit que tu étais souffrante, que tu avais eu une bronchite et je me tourmente beaucoup parce que j'ai peur qu'il te tracasse avec son fameux sérum. Surtout ne lui dis pas cela, je t'en conjure car il serait fâché contre nous à tout jamais.

Enfin j'ai abandonné tout à Jésus, Lui seul peut nous consoler et nous secourir dans nos épreuves, c'est ce qu'il a toujours fait aussi je mets ma confiance en Lui. Sœur chérie que nous serons heureuses quand nous serons toutes réunies dans le beau Ciel, sans plus craindre jamais aucune séparation !

Voilà cette bonne demoiselle Lesieur qui est venue tantôt demander si nous avions des commissions pour Caen. Je croyais qu'elle partait immédiatement et, prise au dépourvu, n'ayant pas seulement une lettre à lui donner pour toi, je m'élançais dans le préau pour cueillir quelques roses. Puis j'arrive au parloir avec mon bouquet pour lui faire mes commissions. Quel bonheur en apprenant qu'elle ne part que lundi ! Cette bonne demoiselle n'a pas l'air de se soucier de mes roses qui en effet seraient fanées après demain et me conseille de les mettre au Sacré-Cœur. C'est ce que j'ai fait, petite sœur chérie, je les ai mises en ton nom à l'Enfant Jésus de Thérèse afin qu'il fasse tomber sur ton âme des roses d'amour comme il en fleurit au Ciel.

Que te dirais-je encore ? Francis et Jeanne sont en Suisse ou plutôt vont y aller prochainement. Je t'assure que je n'envie pas leur sort, je préfère ma solitude aux plus beaux paysages de la terre car j'y trouve Celui que j'aime et je ne désire pas autre chose en attendant qu'Il nous rassasie pleinement de sa présence dans notre Patrie. Ici-bas ce n'est pas notre patrie, pourquoi y chercher le bonheur et la jouissance !

Le mois prochain vont commencer les séances du tribunal, je ne m'en tracasse pas, je vais devant moi comme on dit. J'ai écrit tout ce dont je me souviens, comme cela je suis sûre que ma mémoire ne me fera pas défaut. C'est bien pour la gloire du bon Dieu que l'on travaille ainsi qu'à la glorification de ses saints. Oui, je t'assure, car ce n'est pas une petite besogne que cela donne mais une grande, surtout pour notre chère petite Mère, c'est effrayant. En plus de sa déposition à elle, c'est-à-dire de ses souvenirs personnels qui remplissent plus de 100 pages sans compter les détails des 3 derniers mois de notre petite sainte à l'infirmerie et que notre petite Mère écrivait jour par jour pour sa consolation personnelle étant loin de se douter que cela servirait à sa béatification, elle doit recopier une grande partie du manuscrit original afin de citer les plus beaux passages comme Mgr. de Teil nous l'a recommandé.

Adieu petite sœur chérie, à bientôt de tes nouvelles n'est-ce pas. Offre à ta si bonne Mère mon plus affectueux respect.

Ta Marie du Sacré-Cœur.

r.c.ind.

Le Père Pichon se dit en effet guéri par Thérèse d'une congestion pulmonaire qui l'a mis aux portes du tombeau il y a de cela 4 mois. Nous n'avons pas d'autres détails, ce n'est pas un miracle mais simplement une grâce. La guérison s'est faite petit à petit.