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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 27 mars 1921

 

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

V + J ! De notre Monastère de Caen Alléluia de 1921 [27 mars]

 

Petites sœurs infiniment chéries,

 

Je viens de me décarêmer et me délecter en lisant vos lettres, chapitres, poésie et regardant tant de belles choses qui charment mes yeux et me font rêver du bonheur sans fin que nous goûterons dans le Coeur de notre Dieu ressuscité: J'aime tant à lui dire (o mon Roi, quand vous verrai-je en votre gloire!) Au Ciel on Lui rendra amour pour amour puisqu'il n'est fait que pour cela, mais on ne pourra plus souffrir pour Lui et ce seul avantage me fait aimer l'exil; j'attends donc en paix le rivage des cieux, tout en étant intimement convaincue que je ne verrai pas 60 ans, cependant, je vis dans cet abandon; que s'il plaisait au Seigneur de me laisser sur la terre jusqu'à la fin du monde, eh bien ! je suis toute prête à le glorifier ainsi, je ne veux que ce qu'il veut. Ma santé est bien meilleure, moyennant le traitement qu'il ne me faut pas lâcher complètement.

Quel déluge de grâces, ma Céline chérie! quel débordement de faveurs! tu comprends si mon coeur de sœur en est fier et heureux, je n'ai fait que très imparfaitement que balbutier les sentiments dont mon âme était remplie pour toi à cette occasion, tu as dû le voir dans mon pauvre petit mot, tout petit comme moi; mais aussi bien grand immensément grand en amour; peut être aura-t-on oublié de te le remettre ainsi que notre jolie petite image, je le regrette à cause de la peine que tu en as ressentie et qui trouve écho dans mon coeur, que tu sais être si affectueux. Ah! quant à cela du moins, je n'en cède à personne, c'est la seule qualité que je possède, étant si dépourvue de toutes les autres.

La chère petite sœur que nous venons de perdre, c'est notre petite exilée; ah! c'est bien mourir deux fois que de mourir loin des siens, loin de sa famille religieuse; cependant elle a fait une mort des plus consolante et a été très bien entourée, elle était parait-il si heureuse de s'en aller avec le bon Dieu et c'est St Joseph patron de la bonne mort, qui est venu la chercher le jour de sa fête à huit heures du soir aussitôt après une dernière absolution. Une de nos sœurs tourières est allée le dimanche matin pour aider à l'ensevelir et la revêtir de notre St habit avec le voile noir car il faut vous dire que nos Sœurs converses l'ont quand elles sont mortes et nos sœurs tourières portent le voile blanc, est-ce ainsi au Carmel? Enfin, la chère dépouille nous est revenue à deux heures, notre bonne Mère, l'a fait déposer devant le grand Sacré-Cœur du cloître, où a eu lieu la levée du corps après le salut, pour la conduire au chœur. C'est un grand soulagement pour nos cœurs car de part et d'autre le bon Dieu nous a adoucit l'épreuve d'une manière admirable et seule digne de Lui. Après tout, il n'y a à craindre que le péché; toutes les épreuves de cette vie qui n'est qu'une vie toujours mourante, n'est qu'un acheminement à la véritable vie.....

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