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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise-Thérèse - 2 Janvier 1921

 

  Sœur Marie du Sacré Cœur à Sr Françoise Thérèse                                          

 

+ Jésus                                                                     Carmel de Lisieux 2 Janvier 1921

                                                                                       Double anniversaire

 

Petite sœur chérie,

 

A l'instant notre Mère m'apporte ton petit mot ou plutôt ta longue lettre si intéressante pour tes petites sœurs. Car que peut-il y avoir de plus intéressant pour nous que les progrès de notre petite Visitandine ! dans le chemin de l'amour et du total abandon. Oui elle y court, elle y vole à tire d'ailes... Et pourquoi ? parce qu'elle veut bien comme notre Thérèse être "un petit grain de poussière foulé sous les pieds des passants". Voilà le secret de sa marche rapide dans la montagne de l'amour.

Petite sœur, nous sommes bien heureuses que tu nous aies redit ce que contenait ta lettre perdue, comme Jésus te gâte de te mettre ainsi dans la vérité. Crois bien que tout n'est rien ! le talent, l'esprit tout ce qui peut nous mettre en relief aux yeux des autres etc. tout cela ne vaut pas un acte d'humilité ; mais se considérer comme un pauvre néant, bon à rien, voilà ce qui aux yeux de Jésus est d’un grand prix...

Voilà ce qui sauve les âmes ! car Lui-même a pris pour son partage ici-bas, le mépris, l'humiliation. Il n'y a qu'à penser à la crèche et au calvaire et à ses trente années de vie cachée où il travaillait comme un pauvre ouvrier passant inaperçu. Lui le Dieu tout puissant !!

Enfin, petite sœur, pour finir mon discours je te répéterai ces paroles : "Je n'ai nul besoin des boucs de vos troupeaux, tous les oiseaux des forêts m'appartiennent, je connais tous les oiseaux des montagnes." "Immolez à Dieu un sacrifice de louanges et d’actions de grâces..." voilà ce que le bon Dieu réclame de nous! nos talents ne sont rien à ses yeux mais l'amour et la reconnaissance ravissent son coeur. Chérissons donc notre sort puisque nous sommes en mesure de lui donner ce qu'il aime le plus.

Je vois ma petite sœur, que tu n'es pas bien forte et qu'il ne sera pas difficile au divin voleur de détacher sa petite grappe de raisin du cep amer de cette terre d'exil. Cependant, disons avec notre Thérèse: "L'amour ce feu de la Patrie ne cesse de me consumer, que me fait la mort ou la vie ? mon seul bonheur c'est de t'aimer !"

Nous avons les lettres de Mgr Gay, malheureusement notre Mère les a prêtées.

Le groupe sera teinte ivoire les visages seulement un peu teintés.

Ne te tourmente pas, nous nous portons toutes très bien quelques petits rhumes bénins qui sont passés. Si nos cloîtres étaient fermés les infirmeries seraient perdues n'ayant pas d'air de l'autre côté. Sois bien tranquille notre heure est marquée et il n'y a pas de précaution qui tienne contre la mort. Mais un jour elle sera détruite à son tour et il ne sera plus question de... ses mauvais tours.

Ton ainée qui t'aime de tout son coeur

Sr. M. du S. C.