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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 8 octobre 1924

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus +                                                                                                        8 Octobre 1924

 

Ma bien aimée petite sœur

 

Tu as dû recevoir la dépêche rassurante. Dès hier soir la fièvre avait tombé par degrés à la suite des piqûres et l'infection manifestée dans les urines qui étaient comme du sang, cédait un peu. Ce matin c'était presque normal. Cette après midi elle n'a que 38,4 ce n'est rien auprès des 40 et plus que nous constations nuit et jour. Le médecin a dit ce matin en entrant dans l'infirmerie car déjà nous lui avions donné les nouvelles : "Re­surrexit sicut dixit alléluia !"

Ce que nos cœurs oppressés sont soulagés ! que nous avons souffert ! C'était si brusque, si imprévu ! La religieuse qui fait les piqûres et qui est très expérimentée n'avait plus d'espoir avant hier soir et le matin elle m'a parlé de l'extrême Onction, j'y pensais moi-même et c'était décidé pour l'après-midi avec M. l'Aumônier, mais le docteur m'a dit ce matin-là : "Vous pouvez attendre, le danger n'est pas immédiat". Il craignait pourtant une endocardite, car le coeur faiblissait ce matin, le foyer profond de pneumonie infectieuse s'est bien résorbé, cependant il y a encore des ménagements à prendre. Notre malade a fait la Ste Communion deux fois, elle me faisait l'effet d'un ange comme le jour de sa première communion.

Aujourd’hui elle n'a plus la même physionomie de fièvre ardente, elle est toute naturelle et parle volontiers. Je n'en reviens pas. Je lui ai lu ta lettre et celle de ta si bonne Mère Supérieure. J'ai vu des larmes dans ses yeux, elle était touchée profondément et m'a demandé de lui laisser les lettres pour les relire.

Ta petite sœur qui t'aime tant

Sr Agnès de Jésus

r.c.i. 

La Communauté était atterrée et si tu voyais tous les visages aujourd’hui ! Est-elle aimée notre grande !

Notre chère malade me disait après avoir lu ta lettre qu'elle ne demandait pas les volumes des premières éditions mais seulement d'en faire disparaître les portraits affreusement mal réussis.

Celui où "Thérèse" est avec une croix à genoux la montre du côté opposé où elle a été prise, ce qui déforme son visage. C'est un "cliché détourné". Mme Besnier n'a pas su faire mieux et je me rappelle la contrariété que j'en ai éprouvée; le portrait où elle tient les 2 images, c'est la même chose, je ne sais si tu l'as ainsi en photographie.

Une autre des 1ères éditions donnait la reproduction d'un dessin de Sr Geneviève, une grosse tête que toute la communauté trouvait affreuse, si bien qu'elle s'y est acharnée ensuite à ce dessin et que maintenant c'est le portrait reconnu authentique. C'est celui que toutes ici nous préférons. Ecris à notre "Marie" que les portraits sont enlevés elle en sera si contente ! Cela la taquine.

Nous les remplacerons par de belles photographies ou gravures des mêmes portraits qui y sont mais bien réussis.