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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 25 mai 1924

 

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

V+ J De notre monastère de Caen ce 25 mai 1924

 

Petites Sœurs tant aimées,

 

Notre Mère vénérée nous a fait hier son dernier chapitre d'adieu, elle-même était bien émue, des larmes étaient dans sa voix si tendre, si maternelle, c'était plus que suffisant pour faire éclater nos cœurs qui avaient peine à contenir des sanglots étouffés. Notre très douloureux sacrifice sera donc consommé samedi 31 Mai et Jeudi 5 Juin, nous aurons une nouvelle supérieure, vous recevrez aussitôt le billet d'élection comme tous nos monastères. Mais nous garderons notre Trésor au milieu de nous et chacune aura le droit de lui parler de la consulter comme bon lui semble, je vous assure que pour moi, je ne m'en ferai pas scrupule puisqu'on a toute liberté d'agir ainsi, mais cependant pas de recherche de nature, Jésus serait jaloux et ne bénirait pas cela, du reste, notre chère déposée ne le souffrirait pas non plus, certes. Combien je te remercie de ta bonne lettre, petite Maman si chérie, quel réconfort! mais te savoir souffrir au point de ne pouvoir toute une journée prendre aucune nourriture, ceci est au-dessus de mes forces et m’a déchiré le coeur; mais je veux quand même tout savoir car autrement je souffrirais bien davantage  ; tu ne me dis rien au sujet de la petite brochure sur les saintes plaies, tu ne l'avais sans doute pas encore lue, nous voudrions bien savoir ce que vous en pensez toutes, pour nous, ces deux aspirations nous sont familières nous en vivons, elles nous font un bien immense. Ta jolie petite image de Jésus bon Pasteur, me fait grand bien, je l'aime tant sous ce titre qui me dit tout ce qu'Il est, oui, certes ma place est dans ses bras et qu'Il m'y serre bien fort, crainte que je ne Lui échappe, car je suis si pauvre, si petite et si faible mais je m'en réjouis puisqu'ainsi, je suis plus propre à son amour consumant, transformant. Pour les petites photographies représentant Notre Thérèse avec l'Enfant Jésus emmailloté dans ses bras, pouvons-nous y compter? elles nous feraient grand plaisir.... c'est dommage que ce ravissant portrait ne soit pas publié, il aurait sûrement des amateurs.

Ce voyage à Paris a dû s'effectuer en Juin ou Juillet, quant au crucifix, j'ai dû l'acheter pour contenter notre petite sainte, qu'est-il devenu, je n'en sais absolument rien.

Je vous embrasse de tout mon coeur en vous remerciant de ce précieux fragment de lettre qui me fait extrêmement plaisir, ainsi que les agnus Dei, évangiles, etc...

Votre toujours petite gâtée qui vous aime tant! tant! qu'elle ne sait quel langage prendre pour l'exprimer.

Sr Françoise Thérèse

D.S.B.