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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 26 décembre 1924

 

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

26 Décembre 1924

 

Petites sœurs tant aimées,

 

Quelle douce et sainte joie me font vos lettres. Comme je constate toujours plus combien le bon Dieu m'a gâtée en me donnant des sœurs si incomparables qui savent si bien adoucir mon exil car souvent il me pèse et m'est très amer; je ne sais si mon Jésus y mettra bientôt un terme en venant me voler. En attendant Il se cache, je ne sais si je l'aime et je souffre beaucoup, mais c'est très bon tout de même puisque cela lui plaît; tant pis pour la petite qui n'y trouve pas son compte. Je ne désire et ne veux que l'amour, puis finalement mourir d'amour voilà le vœu unique que formule mon coeur pour tous ceux que j'aime, vous savez petites sœurs chéries à quel point, à quel degré le plus élevé vous êtes du nombre. Je ne trouve que banalité dans les autres vœux et souhaits, aussi je me garde bien de vous les envoyer pour 1925 où notre Thérèse sera canonisée. Quelle gloire immense pour le bon Dieu: voilà le plus beau de l'affaire, car la sublime mission de cette étoile bénie est non seulement d'éclairer mais aussi et surtout de réchauffer tous les cœurs glacés qui ne devraient aimer que l'amour incarné pour eux, car c'est toujours vrai de dire: "L'amour n'est pas connu, l'amour n'est pas aimé!".

Quel magnifique cadeau tu fais à la Communauté, petite Maman chérie, en nous donnant cette belle statue de Thérèse pour le jardin et en voulant payer tous les frais d'installation. Quand notre si bonne Mère a annoncé cette grande nouvelle à nos sœurs ce fut une explosion de joie, on voudrait déjà la voir installée. Dans l'impuissance où nous sommes de solder nos dettes qui s'accumulent toujours plus envers notre Carmel aimé, notre unique ressource est de recourir comme toujours au Souverain riche qui lui rend déjà plus que le centuple car y a-t-il au monde une famille religieuse autant privilégiée que la vôtre. Nos joies si pures et si vraies en ce qui regarde notre chère Bienheureuse dérivent tout naturellement des vôtres, car notre petite Visitation de Caen et le Carmel de Lisieux ne font qu'un. Quel avant-goût du Ciel  !