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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 20 avril 1924

 

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus                                                                                   Carmel de Lisieux

                                                                                                le 20 Avril 1924.

                                                                                                         Pâques.

Ma chère petite Léonie,

 

L'année prochaine à pareille époque nous seront bien près de la Canonisation de notre petite Thérèse. Nos Pères Carmes à Rome s'occupent déjà (cela pour toi seule) des décors, bannière etc., et nous sommes bien occupées pour leur trouver les sujets. Sr Marie du St Esprit fait des lavis et des peintures, Jouvenot aide ; enfin tout cela est à l'état d'étude, aussi ne me demande pas d'autres détails, car je ne pourrais pas te renseigner, nous en parlerons en temps opportun. Je te dis cela pour te prouver que nous ne pouvons pas nous reposer avant la Canonisation, aussi je n'espère plus la mort avant malgré que je la désire toujours autant...

Aujourd'hui Pâques, j'ai fêté mon Jésus au Ciel, j'ai demandé à Thérèse de le faire à ma place. Ces jours-ci : Jeudi et Vendredi Saint, je pensais que, certainement, le Ciel devait être uni à nous pour rendre des hommages tout particuliers à Jésus en ces jours anniversaires de son martyre et j'ai encore demandé à Thérèse de me remplacer là-haut... J'ai fait la même prière pour mes petites sœurs chéries...

Alors, j'ai pensé que si j'enviais le sort de ma Thérèse chérie et de la cour céleste autour de notre Jésus, elle et tous les habitants du Ciel désiraient notre place à leur tour, notre place dans la souffrance et l'exil de la terre pour compatir plus étroitement à la Passion de Jésus et j'ai offert mes pauvres fatigues et pénitences à ma petite Thérèse afin qu'elle les fasse siennes et qu'elle ait la joie de les offrir à Jésus.

Mais en voilà assez de mes mysticités, cela ne va guère t'intéresser, nous avons chacune nos bonnes pensées et si on se les communiquait toutes ce serait fort ennuyeux et non seulement toutes mais même quelques unes. Ces petites ou grandes grâces sont la "Pierre blanche" dont parle l'Apocalypse que nul ne connait que celui qui la reçoit.

Il paraît que la ville est en rumeur contre nous à cause des maisons qu'il a fallu acheter dans le quartier en vue de la future "basilique" (qui ne sera pas commencée d'ici plusieurs années, mais il faut bien s'assurer le terrain). Cela ne nous émeut pas, car "si le bon Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?" et la béatitude des persécutions est à nous et la part de Jésus la nôtre, que désirer de mieux ! Je ne pourrai pas t'expliquer le motif de cette haine, car je ne la comprends pas. On dit que c'est de la jalousie... de quoi ? n'est-ce pas l'intérêt même de la ville ? Enfin, la vie présente est le mélange des damnés et des élus, je me dis souvent cela pour admettre des aberrations d'esprit aussi flagrantes, après mon indignation s'apaise.

Au revoir, ma Léonie chérie, crois bien que nous sommes dans la joie envers et contre tout.

Je t'embrasse comme je t'aime

Sr Geneviève de la Ste Face

r.c.i.