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Sr Marie du Sacré Coeur à Mère Agnès de Jésus - 21 janvier 1924

Lettre de Sr Marie du Sacré Coeur à Mère Agnès de Jésus

 

Ma petite Mère chérie

  Vous m’avez demandé de vous écrire la grâce que notre petite Thérèse m’a faite le 4 Xbre [décembre]. La voici :

   Pendant le dîner j’étais bien triste en pensant que je ne faisais plus la règle et j’ai même versé quelques larmes. Je me disais : si Notre Mère voulait m’écouter certainement que je pourrais très-bien jeûner. La-dessus je m’en vais à la cuisine avec un air tout triste, au point que Sr Marie de l’Incarnation me demande ce que j’avais, mais je ne lui dis rien. Je coupe deux onces de pain et je les mets à tremper dans du bouillon, poursuivant toujours mon idée de pharisien, car je sentais que ma peine n’était pas très surnaturelle, que j’étais contrariée en plus de ne pas faire comme les autres et qu’on me voie dans les soulagements, sans en avoir grand besoin.

   Sur ces entrefaites, comme j’étais près du fourneau à surveiller ma soupe d’orgueil Sr Jeanne-Marie arrive de la châsse. Au même instant un parfum très fort de violettes se répand dans la cuisine. Sr Marie de l’Incarnation était auprès de moi dit à Sr Jeanne-Marie : " Sentez-vous l’odeur de violettes ? .. Vous devez en avoir un gros bouquet. Mais Sr Jeanne-Marie nous présente un bouquet de fleurs artificielles qui sentaient plutôt le tabac.    L’odeur de violettes a persisté pendant quelques minutes et aussitôt j’ai compris ce que voulait me dire par ce symbole ma petite Thérèse.  C’est comme si elle m’avait parlé et m’avait dit : " L’humilité et l’obéissance sont plus agréables au bon Dieu qu’un jeûne accompli par sa propre volonté. "

   Je comprenais très-bien que jeûner par ma propre volonté n’était aucunement agréable au bon Dieu, qu’il aimait mieux mon humiliation et mon obéissance. Enfin c’était une leçon de suavité et de vérité que je ne saurais décrire. Et cependant je suis si tenace dans mes idées que j’avais quand même un peu de peine d’être obligée de m’y soumettre.

  (Pour la fête de ma petite Mère chérie 21 Janvier 1924)