Imprimer

Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 20 novembre 1924

 

 + Jésus

Carmel de Lisieux 20 Novembre 1924

 

 Ma petite sœur chérie,

 

Cette fois je veux que Melle Mikaëlle te porte un petit mot car l'autre jour j'ai tant regretté de n'avoir pu t'écrire.

Nous sommes en ce moment dans la peine, nous avons une novice qui dans 6 mois devait faire sa profession et qui va être obligée de retourner dans sa famille car elle est gravement atteinte. Rien n'aurait pu le faire pressentir elle est grande et forte et voilà qu'avant hier à l'oraison elle s'est mise à cracher le sang .Aujourd'hui elle est à l'infirmerie et le docteur dit qu'il est impossible de la garder, qu'il lui faut l'air de son pays pour qu'elle guérisse elle est du midi, de Montpellier. Tu ne saurais croire combien nous l'aimions c'est une âme d'élite et bien douée sous tous rapports. Elle était active et courageuse, d'un charmant caractère. Notre Mère me disait il y a quelques jours "C'est rare de recevoir des sujets semblables". Enfin, il faut bien accepter les épreuves que le bon Dieu nous envoie, mais celle-ci n'est pas petite, surtout pour cette pauvre enfant !

Chère petite sœur, nous devrions pourtant être habituées à ne jamais compter sur rien sur cette misérable terre, mais malgré nos expériences on ne peut se faire à toutes ces déceptions. Comme nous sommes crées pour le bonheur, lorsque quelque rayon de joie nous sourit nous l'accueillons avec enthousiasme. Mais non il faut compter seulement sur la Croix en cette vie et en faire son unique joie. Il faut surtout faire son unique joie de la volonté du bon Dieu, c'est là le secret du bonheur.

Maintenant je vais te raconter quelque chose de plus gai.- Figure-toi que le 11 novembre fête de St Martin nos sœurs ont voulu fêté ma résurrection. Il y avait un petit extra au réfectoire et à la récréation on m'a chanté ces couplets composés par Mère Sous-Prieure. Tu verras si c'est amusant. Tu ne comprends pas peut-être ces mots : "Jour du carillon". C'est qu'il y a un an juste au moment où j'étais si malade notre Mère entendit dans le dortoir un véritable carillon, des cymbales retentissantes et si comme plusieurs sœurs jouaient de ces instruments de musique. Elle sortit de sa cellule demandant ce qui pouvait pendant le silence faire un tel bruit, mais elle ne vit rien. Sr Geneviève en conclut qu'elle mourrait dans l'année ; mais pas du tout, c'est vers moi que se tourna cette affaire à laquelle on ne comprend rien. Enfin peut-être aurais-je dû mourir sans toutes les prières qui ont été faites pour ma guérison, car figure-toi qu'un bon vieux et saint missionnaire de 75 ans est venu ici en pèlerinage pour obtenir cette grâce. Il est venu à pied de Paris ne mangeant que du pain sec et buvant de l'eau pendant les 4 ou cinq jours qu'a duré son voyage. Un jour il est entré dans une église pour dire sa messe et s'est presque trouvé mal. Quand on m'a raconté cela j'étais absolument navrée. C'est Sr M.du St Esprit qui a eu l'imprudence de lui dire que j'étais malade. C'est un saint qui nous est si dévoué qu'elle n'aurait pas dû lui en parler, car on connaît depuis longtemps son caractère généreux qui en cette circonstance a dépassé les bornes !...

Adieu, petite sœur chérie, nous t'embrassons toutes trois bien tendrement, Sr Geneviève t'écrira la prochaine fois. Ton aînée

Sr M. du S.Cœur.

r.c.i.

 C'est demain une bien belle fête pour nous n'est-ce pas ma petite sœur !...

Respectueux souvenir à ta bonne Mère.