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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 28 février 1924

 

 

+ Jésus

Jeudi 28 Février 1924

 

 

Ma petite sœur chérie,

 

Nous voilà bientôt au Carême il faut se dire adieu jusqu'à Pâques. Ces quelques semaines vont passer très vite, comme tout ce qui passe pour nous à présent car tu dois l'avoir remarqué, plus on avance dans la vie plus on trouve que le temps s'envole avec rapidité.

Vendredi dernier je suis entrée dans ma 65ème année! C'est te dire que je touche bientôt au port. Et je ne deviens pas meilleure! Ah! si je ne comptais sur la miséricorde du bon Dieu, j'aurais lieu de me désespérer.

J'ai vu hier, Marie Primois qui vient ordinairement à l'entrée du Carême et une autre fois, dans l'année, à l'Avent ou plutôt avant l'Avent.

Elle me demande toujours de tes nouvelles, elle ne va plus jamais à Caen, parce que les voyages la fatiguent et lui coûtent cher. Elle est bien gênée cette pauvre Marie, car elle n'est pas riche et tout coûte si cher. Jeanne nous a dit qu'elle savait par sa bonne qu'elle n'avait pas grand chose à manger avec son pain, elle y regarde pour acheter de la viande qui est hors prix. Quand je compare avec nous les pauvres gens du monde je pense que cette parole de Notre Seigneur s'est bien réalisée à notre égard "vous aurez le centuple en ce monde et la vie éternelle en l'autre!" Car manquons-nous de quelque chose dans la maison du Seigneur? Si nous sommes malades de quoi nous inquiéter. Jusqu'à la fin de notre vie nous sommes entourées de la plus délicate charité. Je vois auprès de nous telle Jeanne Fleuriot qui souffre en ce moment de véritables tortures. Elle a une tumeur intérieure, elle n'en sait rien, on lui a fait croire que c'étaient des rhumatismes, elle souffre comme une sainte avec une patience admirable. Mais elle est seule la plupart du temps, personne pour la soigner que la bonne Mère St Ignace qui vient la voir de temps en temps. Il y a quelques semaines elle était si mal, qu'elle a demandé à recevoir l'Extrême Onction pendant que Mme Fleuriot assistait au salut un jour de fête dans la chapelle. Elle n'a pas voulu que sa mère le sache pour ne pas la désespérer car cette pauvre dame ne la croit pas si malade.

Tu vois ma petite sœur si ce n'est pas partout la Croix ici-bas!

J'ai reçu hier une lettre de ta bonne marraine qui est vraiment bien édifiante, elle aime beaucoup notre Thérèse, elle est touchante.

Adieu petite sœur chérie, je t'aime et t'embrasse de tout mon coeur. Ton aînée

Sr. Marie du S. C.

Sr M du St Esprit te remercie de ta bonne petite lettre qui lui a fait très grand plaisir.