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De sœur Agnès de Jésus à Thérèse - 10 novembre 1887

De sœur Agnès de Jésus à Thérèse.
10 novembre 1887


J.M.J.T.


Petit Jouet de Jésus,
Je t'avais dit de ne rien demander au Saint Père ; aujourd'hui Notre Mère et la Mère Geneviève te
conseillent de parler, en cas toutefois que tu en aies le désir. Je ne puis t'expliquer pourquoi, ce serait
trop long.
Si le Saint Père bénit chaque pèlerin en particulier, qu'y a-t-il de plus facile? J'aurais peur qu'en
t'empêchant de parler, le petit Jésus m'en veuille. L'occasion est si belle, puisque Sa petite balle chérie,
Il l'a fait rouler jusqu'à Rome! Ce n'est pas la peine de rien réclamer de ce pauvre petit Père chéri, il a
fait assez pour toi, plus qu'aucun Père ne voudrait faire; prie l'Enfant Jésus ton Fiancé chéri et c'est Lui
qui t'aidera.
Que ton petit cœur ne se trouble pas, ne fais pas attention à tout le monde qui se trouvera autour de toi,
qu'est-ce que cela fait qu'on t'entende? Rien du tout...
Demande à Jésus comment t'y prendre. C'est à Lui de t'instruire puisque c'est pour son amour que
tu parleras. Je crois qu'il serait bon de dire d'abord: O très Saint Père, j'ai une grande grâce à vous
demander... S'Il n'entend pas et passe à un autre pèlerin sans faire attention, répète sans te lasser:
Très Saint Père j'ai une grande grâce à vous demander. A la fin ce bon Saint Père finira bien par
comprendre. Quand il aura l'air de t'écouter ou s'Il t'interroge, tu lui expliqueras alors en peu de mots le
sujet de ta demande: Très Saint Père, en l'honneur de votre Jubilé, permettez-moi d'entrer au Carmel à
15 ans. On me trouve bien jeune mais puisque j'ai la vocation et que Papa veut bien!
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Tu verras ensuite ce qu'Il répondra... pense que c'est à Jésus lui-même que tu parles, cela t'aidera.
Autrefois, dans sa vie mortelle, les Juifs n'avaient point honte de lui découvrir leurs besoins au milieu
des foules, toi ne rougis pas non plus. Parle et ne crains rien.
Surtout que M. Révérony ne sache rien de cette lettre, si tu savais comme cela ferait mal... Je ne t'écris
ma pensée qu'après réflexion. La Mère Geneviève me disait hier: Ne l'empêchez pas surtout de parler
au St Père, Notre Mère est de cet avis, c'était donc un devoir pour moi de lever la défense. D'ailleurs
c'est pour toi, ne fais que ce que Jésus t'inspirera... C'est vrai que l'occasion est belle!
Notre Mère bien aimée, la Mère Geneviève, tout le Carmel est en prière pour Thérésita. Courage!....
Surtout ne te laisse pas rebuter par un premier refus, pense à la persévérance de la cananéenne. Si le
St Père a l'air de dire non, toi reprends: O très Saint Père, vous ne pouvez me refuser, vous savez que
Jésus a dit: Laissez venir à moi les petits enfants.
Notre Père (M. Delatroëtte supérieur du Carmel) a dit que si le St Père disait oui on t'ouvrirait sans aucune difficulté.
Tu peux montrer ta lettre à Céline avant de la déchirer.