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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Thérèse - 23 novembre 1887

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Thérèse.
23 novembre 1887


J.M.J.T.


Ma Thérèse chérie,
Tu peux dire en toute vérité comme la vierge Agnès : « Il a posé son signe sur mon front ! » Oui petite
enfant chérie de Jésus, Il t'a marquée comme sa petite épouse du signe de la Croix. Mais tu ne serais
pas sienne s'il n'en était ainsi. Tu ne serais pas des privilégiées si tu n'avais jamais approché tes lèvres
de son calice amer. Mais enfant chérie, que de douceurs Il te cache... Oui sous cette croix il n'y a que
des roses... Ce n'est pas pour te consoler que je te dis cela: c'est ma conviction. As-tu remarqué la
parole du St-Père à toi adressée: « Vous entrerez si le bon Dieu veut!» C'est bien profond ma petite
Thérèse, ah! si tu savais ce qu'elle contient de mystères. « Vous entrerez si le bon Dieu veut.» Une
parole du St-Père est une parole de N.S. Lui-même; c'est comme si Jésus te disait: « Mon enfant, si
je veux tu entreras, si je veux malgré toutes les contradictions, malgré tous les non tu entreras, si je
veux demain les cœurs seront changés car je les tiens tous entre mes mains! » Oui enfant chérie, le St-
Père a dit vrai; il ne pouvait te dire une parole plus consolante. « Vous entrerez si le bon Dieu veut! »
Pour moi c'est un baume et je la dirais toujours sans me lasser. Il ne t'a pas dit: Attendez mon enfant,
écoutez la voix des supérieurs, il t'a dit: « Vous entrerez si le bon Dieu veut! » Pour réjouir ton cœur
je sais bien qu'il eût fallu entendre un oui. Mais Jésus veut éprouver jusqu'au bout la confiance et
l'abandon de sa Thérésita. Il veut dorer sa petite balle et non point la briser... Ah! Il l'aime bien trop
pour cela. Que son cœur ne se trouble pas. Jésus lui dit comme autrefois à ses apôtres: « C'est moi!
ne craignez rien. » Non, ma Thérèse, non, il n'y a rien à craindre, il n'y a qu'à bénir Jésus! Ce Jésus
qui l'aime tant m'a donné ce soir une idée que je ne lui dirai pas aujourd'hui. J'attendrai pour cela la

 

prochaine lettre. Que la petite balle chérie repose doucement dans les mains de l'Enfant Jésus. Si elle
savait comme elle lui est chère, comme Il la convoite pour Lui seul et comme Il l'aura bien à Noël s'il
l'a voulu!!!...
Oui ma Thérèse, oui le Saint-Père s'est penché vers toi pour t'entendre. Et Jésus aussi... Ah! comme
Il se penche avec amour vers son petit jouet chéri. Tu sais bien que moi je n'ai guère fait attention
jusqu'ici à tes désirs. Je me demandais si l'heure du bon Dieu n'était point devancée par nous. Mais à
présent je sais que non! Il nous en a donné des preuves. Et je suis sûre que sa volonté se fera. C'est que
bien souvent, ma pauvre chérie, elle ne se fait pas, sa volonté... bien souvent les hommes y mettent des
obstacles. Mais pour toi ils n'en pourront mettre, le St-Père ne t'a-t-il pas dit: Vous entrerez si le bon
Dieu le veut!
Adieu petite enfant chérie, que ton cœur se repose sur le Cœur de Jésus.
Ta Marie qui t'aime