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De Mme Guérin à Thérèse - 23 novembre 1887

De Mme Guérin à Thérèse.
23 novembre 1887


Lisieux 23 Novembre 1887


Ma Chère petite Thérèse,
C'est pour toi ma lettre d'aujourd'hui, parce que je te sais un peu malheureuse et que mon cœur me
dit que tu souffres. Je voudrais bien être auprès de toi, ma chérie, pour te consoler et te dire tout ce
que je pense au sujet des épreuves qui t'arrivent. Si tu savais comme je vois bien en tout cela la main
de Dieu. Sa Providence te conduit, sois-en sûre, et confie-toi bien. Tu fais tout ce que tu peux, tu le
fais pour plaire à Dieu, et ce bon Père se plaît à éprouver son petit enfant. Ne sois pas surprise de ce
qui t'arrive, ton bon oncle trouve cela tout naturel, et trouve même extraordinaire que vous vous en
alarmiez autant. Pourquoi donc vous faire ainsi de la peine? Dieu ne peut-il pas changer en un instant
les cœurs? Et puis si sa volonté est différente de la nôtre ou tout au moins si elle veut nous exercer
quelque temps, même longtemps, à la patience, devons--nous nous en plaindre? N'as-tu pas fait tout
ce que tu devais faire? Crois donc bien, je t'en prie, ma chérie, que tout ce qui t'arrive vient de la main
de Dieu. C'est lui qui permet tout cela et en te tourmentant tu lui fais de la peine, parce que c'est un
sentiment trop humain, et Dieu veut que sa petite fille se laisse entièrement diriger par lui. Ton oncle
est tellement convaincu de cela qu'il veut que je te le répète sur tous les tons.
Ma petite Thérésita, Jeanne et Marie voulaient t'écrire, c'est moi qui les empêche car l'heure est
avancée et demain c'est la leçon de maman Papinau. La pauvre Marie a encore beaucoup à apprendre.
Jeanne confectionne une ceinture pour un jupon de laine ce qui vous montre que le soleil ne nous
sourit guère. J'ai bien reçu vos lettres hier, j'ai remis celle de Maria. Mais la pauvre fille n'est guère
en état de faire un palais de votre maison, car ses vilains clous ne la quittent pas. Elle voulait quand
même commencer le nettoyage hier, mais elle avait un gros, gros clou, qui la faisait souffrir dans tout
le bras. Je lui ai conseillé d'attendre deux jours, il sera sans doute percé. Je vois avec bien du plaisir
le temps avancer, bientôt vous serez en France, quelle joie pour nous tous! Nous avons vu Marie et
Pauline cette après-midi pour la dernière fois jusqu'à Noël. C'est elles qui nous ont fait part de toutes
tes tribulations, ma Thérèse. Demain elles doivent fêter St Jean de la Croix, nous n'au-rions pu les voir
(le Saint-Sacrement est exposé toute la journée).
- Toute la famille s'intéresse toujours beaucoup aux petites voyageuses. Chacun vous suit en esprit
et vous trouve bien heureuses de voir de si belles choses. Il ne faut donc pas les faire mentir, il faut
chasser loin de vous la tristesse et ne rien perdre de ce beau voyage. Voyons donc, ma Céline, toi qui
es toujours si gaie, ne pourrais-tu consoler et réjouir ta petite Thérésita ? J'ai bonne confiance en toi et
je suis sûre qu'aujourd'hui tu vas la faire rire un peu à mon intention.
Adieu, ma petite Thérèse, nous pensons tous à toi et vous suivons toutes les deux en esprit, nous
t'embrassons tous de tout notre cœur ainsi que ta chère Céline et nous te prions d'offrir nos amitiés à
ton bon père.
Ta tante toute dévouée
C. Guérin
Les familles Fournet, Maudelonde et Pigeon vous font mille amitiés.
Maria et Marcelline vous souhaitent le bonjour.