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De Marie Guérin à Thérèse - 20 novembre 1887

De Marie Guérin à Thérèse.
20 novembre 1887


Ma chère petite Thérèse,
Je vais te prier d'excuser de l'écriture, Mr Puchot (Charles Puchot, directeur du Cercle catholique de
Lisieux) est dans la salle avec papa et nous sommes obligées d'écrire au comptoir de la Pharmacie,
avec une très mauvaise plume.
Ce soir il y a une soirée au cercle catholique et nous allons y aller avec ces demoiselles Maudelonde.
C'est une soirée musicale et je pense que cela ne vous amuserait pas beaucoup.
Hier nous avons souhaité la fête de maman, nous avons offert notre têtière, tu ne sais pas comme elle
est jolie et comme le transparent bleu pâle la rend riche; après j'ai joué un morceau de piano et chanté
une romance. La fête n'était pas complète comme l'année dernière, vous manquiez bien à notre petite
réunion. Maman nous a fait un petit cadeau, et je te donne en cent, en mille, à deviner ce que c'est. Tu
ne le devinerais jamais, c'est pourquoi je vais te le dire. Une petite chaîne de montre en or, mais toute
petite, comme c'est la mode. En reviens-tu, ma pauvre Thérèse, je te promets que je ne m'attendais pas
à cette surprise.
Marcelline et Maria vont aller au Cercle, maman leur a payé cette petite distraction en l'honneur de sa
fête, et elles en sont très contentes.
Eh! bien, ma pauvre petite sœur, l'audience doit être passée! que je suis pressée d'en savoir le résultat,
oh je t'en prie écris-nous au plus tôt, vos lettres sont attendues avec grande impatience, et lorsqu'elles
sont en retard comme la dernière fois cela commence à inquiéter. Je te prie aussi de nous dire dans ta
prochaine lettre quels sont les hôtels où vous devez descendre dans les villes que vous visiterez.
Votre voyage s'effectue-t-il toujours en bonne santé, voyez-vous toujours de belles choses, je brûle du
désir de vous revoir afin que vous nous racontiez toutes les merveilles qui passent devant vos yeux.
Je vois toujours la même chose, une rue boueuse, un brouillard qui vous empêche de voir à dix pas
devant soi, du verglas qui manque de vous faire tomber, cela n'est pas aussi gai que les champs de
Rome couverts de pâquerettes, et le beau ciel bleu d'Italie ne se montre pas à Lisieux.
Adieu ma chère petite Thérèse, embrasse bien mon oncle et Céline pour moi.
Ta sœur
Marie