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De Mme Guérin à Céline et Thérèse - 17 novembre 1887

De Mme Guérin à Céline et Thérèse.
17 novembre 1887


Lisieux le 17 Novembre 1887


Mes chères et bonnes petites Nièces,
Quel bonheur d'avoir des lettres d'Italie! Depuis le temps que nous les aspirons. On commençait aussi
à s'inquiéter au Carmel; heureusement hier M. Gosset avait reçu une lettre de son père (M. A. Gosset,
de Lisieux, qui fait partie du pèlerinage) qui lui disait que tous les pèlerins étaient en bonne santé.
Aussi nous étions à peu près rassurés. Néanmoins lorsque vos lettres sont arrivées, c'était à qui les
lirait. Merci, mes chères enfants, des bons souhaits que vous faites pour moi, merci de votre bonne
affection que l'éloignement ne peut diminuer. Je vous en suis bien reconnaissante et si vous pouviez
voir mon cœur, vous verriez qu'il n'est pas en retour, et qu'il aime beaucoup, oui, beaucoup celles qu'il
se plait à appeler ses chères petites filles. J'accepte bien volontiers ce beau bouquet de fête qui ne se
fanera jamais, puisque c'est Dieu lui-même qui a formé cette affection qui nous unit et qui fait notre
bonheur à tous ici-bas. Remerciez bien, je vous prie, votre bon père pour moi, dites-lui que nous lui
recommandons bien de ne pas trop se fatiguer pendant son voyage. - Je prierai bien ma sainte patronne
pour toi, ma petite Thérèse, afin que tu aimes bien le bon plaisir de Dieu dans tout ce qu'Il voudra.
S'Il permet que tu puisses parler au St Père, nous le bénirons, et s'Il ne le permet pas, nous le bénirons
encore, n'est-ce pas, ma Thérèse? Son bon plaisir passant toujours avant le nôtre, nous serons toujours
heureux, et ma petite Thérèse ne se fera pas de chagrin surtout. Elle est si loin que nous ne pourrions
pas aller la consoler. - J'ai envoyé vos lettres au Carmel aussitôt après les avoir reçues. Pauline et
Marie vont être contentes d'avoir des nouvelles. Hier nous avons été les voir, elles ne s'expliquaient
pas comment elles n'avaient pas de lettres. Mais je me l'explique maintenant en pensant que vous êtes
surmenées, que vous n'avez pas une minute de répit. Prenez garde de trop vous fatiguer. Vous êtes
bien favorisées d'avoir un aussi beau ciel bleu, nous, nous avons eu de la neige lundi et maintenant
il gèle extrêmement. Vous êtes même plus favorisées que M. Lepelletier (Vicaire de Saint-Pierre de

Lisieux) qui disait à mon mari que lorsqu'il était à Naples le temps était couvert et qu'alors il avait été
privé de voir bien des choses. Il nous a rapporté une petite photographie du Saint Père. Je l'ai envoyée
au Carmel aujourd'hui pour que vos sœurs la voient
Je suis allée chez vous cette après-midi avec mes filles et votre oncle. Nous avons fait encore la visite
des poires, mais elles sont bien éclaircies maintenant. Avec cela j'avais oublié la clef du caveau, mais
je retournerai la semaine prochaine. La pauvre Maria commence à bien désirer votre retour. Elle a
lavé hier et avant-hier. Aujour-d'hui elle se mettait à réparer les deux dernières chemises de votre père.
Votre oncle a déneigé le thuya de la pelouse. Le malheureux arbre pliait sous le poids de la neige. -
Tom nous fait toujours grand pitié. Il pleure toujours votre départ, Maria le sort pourtant tous les jours
m'a-t-elle dit. Mais voyez comme il est fidèle cette pauvre bête, et combien il vous aime. D'abord,
bêtes et gens aspirent après vous. Vous manquez partout et on ne se fait pas du tout à votre absence.
Dépêchez-vous donc de revenir, petites pèlerines. - Si vous aviez été chez vous hier, vous auriez
reçu la visite de Mlle de la Croix qui venait vous demander des renseignements sur l'ancienne Maria
Delettre (domestique des Guérin pendant quelques mois en 1887). Aussi ne vous trouvant pas elle est
venue chez nous, et je lui ai donné tant bien que mal les renseignements. Je crois qu'elle va la prendre.
Voilà donc la pauvre Maria encore une fois changée de place. J'espère que les robes noires seront
encore dignes d'être présentées devant le Souverain Pontife et que jusque-là elles n'ont pas été trop
endommagées.
Je croyais que la réception aurait lieu mardi mais je vois que je me suis trompée. Vous écrirez au
Carmel, n'est-ce pas, aussitôt après?
Adieu, mes chéries, nous vous embrassons votre oncle et moi de tout notre cœur.
Toutes les familles Fournet, Maudelonde, Pigeon vous suivent en esprit dans votre voyage et me
chargent de leurs meilleures amitiés pour vous et votre bon père. - Et la bonne Marcelline qui réclame
et Maria, tous vous souhaitent le bonjour. - Bien des amitiés au bon M. Martin.
Votre tante toute dévouée
C. Guérin.
Surtout, ma Céline, note bien tout ce que tu vois, tu sais que tu auras fort à faire à ton retour pour nous
raconter toutes ces belles choses. Profite bien de ton voyage, ce sera un souvenir pour toute ta vie.
Je crois que tu vas nous revenir tout à fait sainte après avoir visité cette terre bénie. Que je te trouve
heureuse de voir tout ce que tu vois et de le voir avec les yeux de la foi, ce qui te permet d'apprécier
tant de beautés. Encore une fois au revoir, à bientôt.