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De Pauline (Agnès de Jésus) à son père M. Martin - 25 novembre 1887.

 

de Pauline (Agnès de Jésus) à son père M. Martin

            25 novembre 1887.

 

J.M.J.T.

Père bien aimé

 

Que tu es bon ! La lettre de Céline nous a appris ta démarche près du bon Supérieur des frères à Rome, l'arrivée providentielle de M. Révérony, tout cet ensemble si ravissant! Cher petit ange de Thérèse, qu'elle est heureuse de t'avoir! C'est par toi que sa peine est consolée, tu as été le vrai Saint-Père dont elle souhaitait tant une seule parole .... [1v°] Oh ! quel bonheur d'avoir un Père comme toi, quel bonheur et quel honneur ! Oui nous deviendrons toutes des saintes pour récompenser ton zèle et pour remercier Dieu.

J'étais loin de m'attendre à une lettre de ce genre après celles de désolation reçues hier. Le petit mot de Thérèse était déchirant. Tout son petit cœur était là palpitant de douleur et pourtant résigné. Quelle vertu dans cette enfant! Oh! que Dieu l'aime. Voilà une âme privilégiée entre toutes, mais il faut se garder de lui dire cela.

J'ai vu, moi, Notre Père Supérieur hier (M. Delatroëtte), il est opposé de plus en plus, rien ne peut le convaincre. C'est là un mystère pour nous ! Mais Dieu est là dans ce mystère. C'est le cas de répéter avec le P. de Ponlevoy : " Il faut toujours qu'il y ait dans la voie de Dieu quelque chose que nous ne comprenions pas et que nous ne voudrions pas afin qu'il y ait place pour la foi et pour la Croix."

Si Thérèse entre à Noël, ce ne peut être que par Monseigneur; si Monseigneur se prononce, il consent bien entendu à ouvrir la porte, mais pour lui faire prendre sur lui la responsabilité de cet acte jamais on n'y arrivera. Je crois qu'il a des raisons bien sérieuses, pour agir ainsi et ces raisons sont faciles à deviner. Ce pauvre Père a été si calomnié par Monsieur Fl. (M. Fleuriot, voisin du Carmel) au moment de la démarche de sa fille (Jeanne Fleuriot, qui n'entrera finalement pas). C'était affreux ... Et que dirait-il aujourd'hui en le voyant nous donner une enfant de 15 ans. Il faut donc que Notre Père puisse dire à tout le monde que c'est Monseigneur qui fait entrer notre ange. Comme cela personne ne dirait rien.

Adieu mon Père bien-aimé. Que le bon Dieu te bénisse et te garde ! Ah ! ce n'est point au Carmel qu'on apprend à t'oublier. C'est là au contraire que tu es le plus et le mieux aimé.

Adieu mon Père bien aimé

Je t’embrasse et vais au-devant de toi.

Ta pauvre petite perle

Sr Agnès de Jésus