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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme La Néele. 28 avril 1897.

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme La Néele. 28 avril 1897.

 

+Jésus                                                   J.M.J.T                                             28 Avril 97.                                                                                                                                                                        

 

     Ma chère petite Jeanne,

     Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis qq. jours mais je suppose que tu es maintenant sinon guérie du moins en bonne voie de guérison. Du reste j'attends papa et maman aujourd'hui et par eux je vais savoir au juste l'état de ta santé.

       Tu es une petite coquine de me demander ainsi une réponse, et il faut que tu sois malade pour exaucer ainsi ton désir et te faire une petite gâterie qui me semble bien [lv°] douce.

       Ma Sr Geneviève n'a jamais redoré de cadres, elle pense qu'il faut les donner chez un doreur parce qu'elle ne connaît aucun procédé pour cela. Quant à dévernir un tableau elle ne l'a jamais fait non plus, mais elle croit avoir entendu dire qu'il fallait couper un oignon en deux, et frotter le tableau. Mais comme je te le dis bien elle n'en a jamais fait l'essai.

           Tu vois que ma réponse n'est guère satisfaisante; cela m'étonne bien si les belles Dames de Caen ne connaissent pas cela mieux que les pauvres petites Carmélites. A propos, et la foire?... [2r°] Ah! je pense bien souvent à mon grand frère qui dans qq. temps va pouvoir se divertir un peu. Amusez-vous bien, profitez de votre bon temps, écoutez votre vieille grand'mère qui est maintenant derrière les grilles.

       Ah! la foire de Caen!... Je m'y suis donné bien des parties de plaisir... J'ai donné qq. commissions à maman pour acheter des fleurs, tu en enten­dras probablement parler, c'est pour cela que dans le cas où tu serais chargée de la commission je vais te donner qq. détails. Ce sont des roses que je désire, d'un rose très tendre, mais très très tendre. C'est pour ma Ste Vierge du chœur. Il faut qu'elles soient [2v°] petites, de la grosseur des roses bengale, ce sont même je crois des roses bengale qu'il me faudrait. Retiens bien mes explications surtout, car j'aurais tant de chagrin si elles n'étaient pas très naturelles, à s'y méprendre.

       Je vais très très bien, ma Sr Th. de Enf.-Jésus a encore un vésicatoire, ce qui la fait souffrir bien entendu mais comme état général elle est mieux cependant. J'ai été longtemps à te répondre mais vois-tu maintenant je fais entièrement la règle, je me lève à cinq heures et me couche vers 11 heures, si bien que je profite de mes heures de silence pour dormir et comme l'on n'a que ce temps pour écrire des lettres, je fais qqf. la paresseuse. Il m'est arrivé à ce propos toute une aventure l'autre soir. De 8 h à 9 h du soir c'est le silence et pendant ce temps je dors. Voilà que je me réveille tout à coup, on sonnait la cloche, je crois que c'est Matines [lr°tv] alors je m'empresse de descendre au chœur, mais ô surprise!!... Ce n'était pas le commence­ment de Matines, c'était la fin j'arrivais à la fumée des Cierges, je n'avais entendu sonner ni Matines, ni le Te Deum. Juge de ma désolation!!... Notre Mère m'a dit : « Vous n'avez qu'une chose à faire, c'est d'aller vous coucher tout à fait maintenant. » Mais j'avais bien de la peine, car je suis forcée à l'Office depuis ma Profession et il fallait que je le redise toute seule le lendemain matin. Je t'avouerai que depuis ma Profession je suis comme toi et j'emploie bien le temps qui est donné pour dormir.

       Je te quitte en t'envoyant mon plus gros baiser et celui de toutes mes petites sœurs. Notre Mère t'envoie aussi toutes ses amitiés. Embrasse mon grand frère de la part de sa petite sœur.

Marie de l'Eucharistie

 

       Rappelle-moi au bon souvenir de Mme Mouton, dis-lui [2r°tv] combien je suis touchée de ses bons soins pour toi (Mme Mouton est la sœur du Dr La Néele et habite à Venoix, dans la périphérie de Caen).