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De Mme Guérin à Mme La Néele. 6 juillet 1897.

 

Lisieux le 6 Juillet 1897

Ma Chère petite Jeanne

Je devance un peu le jour où je devais t'écrire pour te demander de t'unir, ainsi que notre bon Francis, à une neuvaine que nous faisons pour Thérèse. Les Carmélites en sont très-inquiètes. Elles trouvent que la maladie fait de grands progrès. Elle ne s'alimente presque pas et est devenue excessivement faible ; de plus elle a dans le côté des douleurs très-vives. Depuis cette semaine, elle a beaucoup changé, elle a des quintes de toux et vomit quelquefois ses repas et elle ne mange presque rien. La Mère Prieure a demandé le Dr de Cornière hier. Je n'ai pas su ce qu'il a ordonné. Ton papa est bien allé chez lui, mais il n'avait pas encore vu Thérèse. On nous a fait dire hier soir cependant que le Dr n'avait trouvé rien encore de déclaré ; néanmoins il avait dit précédemment à ton père qu'il la trouvait bien malade. Alexande (Mariette) a porté l'ordonnance directement chez Mr. Lahaye, mais je pense qu'il n'y avait pas de vésicatoire. J'en suis contente, car la pauvre petite est si faible, paraît-il ! Je vais lui envoyer quelques petits plats pour tâcher de lui redonner un peu d'appétit.

La Mère Prieure fait faire une neuvaine pour elle à N. D. des Victoires. Elle a commencé hier. Nous disons le Salve Regina et trois fois l'invocation : N. D. des Victoires. Thérèse est très bien soignée. On lui fait avec la plus grande régularité tous les remèdes indiqués. La bonne Mère en a grand soin. Je demande aussi une messe à Séez. Tu voudras bien t'unir à nous ainsi que Francis, ma petite Jeanne. Je crains beaucoup que notre petite Thérèse ne soit très-malade, et nous la croyons mûre pour le ciel. Espérons cependant que le bon Dieu voudra bien nous la conser­ver. Elle est un si beau modèle pour notre chère Marie !

Nous allons bien. Ta Tante est à Trouville, Hélène (Maudelonde, épouse de jules Houdayer) est allée l'y rejoindre hier avec son mari.

A Dieu, ma chère petite Jeanne, nous t'embrassons tous comme nous t'aimons ainsi que Francis.
Ta Mère qui te chérit
C. Guérin

Écris-moi si tu vas toujours mardi après-midi chez M. Le Chesne (dentiste). Je ne pense pas y aller. Mon dentier me gêne peu en ce moment quoiqu'il y ait encore un tout petit point sensible, c'est pourquoi dans le cas où je me déciderais je préfère savoir si tu dois y aller. Tu pourrais lui demander s'il doit s'absenter d'ici quinze jours. Si je souffrais davantage avant d'aller à La Musse, je saurais si je pourrai le trouver.

Je suis allée aujourd'hui à la messe de 7 heures à pied, et aux vêpres. J'ai reçu la visite de Mlle Godard qui espérait te trouver pour te rendre aussi ta visite, puis Mme Lefèvre Galle. Maria m'a écrit qu'elle est restée bien souffrante. Elle ne va pas mieux, au contraire, son genou est plus malade à cause de la fatigue du voyage. Elle me fait pitié. Elle me charge de remercier Francis des bons soins qu'il lui a donnés. Je crois que la pauvre fille voudrait bien être à Lisieux. Elle me dit qu'elle s'ennuie beaucoup.

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