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De Mme Guérin à Mme La Néele (fragment). 27 août 1897.

 

Lisieux 27 Août 97

Ma chère petite Jeanne,

(...) La petite Thérèse souffre beaucoup aujourd'hui. Je vais tâcher d'expliquer ce qu'elle éprouve. D'abord depuis quatre jours on lui donne lavements sur lavements, rien ou très peu de chose me vient et cependant lorsqu'il vient quelque chose ce n'est pas dur. Elle sent que si elle forçait, quelque chose comme un tuyau sortirait, sans doute l'intestin ; et alors des douleurs très violentes se produisent. Elle sent les matières descendre, mais elles ne peuvent descendre plus bas, parce qu'alors il lui semble que l'intestin sortirait. Elle souffre beaucoup cet après-midi. Je vois que je m'explique mal, je ne vais pas me faire comprendre. Enfin voyant qu'elle souffrait tant, et qu'on ne voyait pas de médecin, j'ai parlé à Mr. Lahaye (le pharmacien) qui m'a dit de lui donner un lavement d'huile d'olives pure, un verre ou un verre et demi, et de lui mettre des cataplasmes. J'ai envoyé aussi une grande canule comme la mienne. Ai-je bien fait ?.. Je m'adresse à ton cher mari pour lui demander s'il ne connaîtrait pas quelque chose pour la soulager. Mais surtout, mes bons enfants, n'écrivez pas directe­ment, mais bien à moi, car ce que vous me direz, il faudra que je le conseille comme venant de moi. Il y a des susceptibilités à garder. C'est quelquefois pénible, mais c'est Dieu qui veut cela pour notre perfection à tous. Je recommande en même temps que le bon Francis ne demande pas à voir Thérèse. Si on lui offre, très bien, autrement ne pas demander. - Que cela ne l'em­pêche pas de me donner le petit conseil que je lui demande. Dis- lui que le ventre est ballonné, que les urines sont rouges, très très rouges : puis ce poids qui est probablement des matières qui foulent et ne peuvent aller plus loin et cet intes­tin qui l'empêche de faire effort parce qu'il sortirait et elle éprouve alors des douleurs très vives.

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