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De Mme Guérin à Mme La Néele. 1er septembre 1897.

 

Lisieux Ma Chère petite Jeanne

Ton papa est revenu hier soir en bonne santé. Aujourd'hui il est très fatigué et énervé. J'espère qu'une bonne nuit va le remettre. Enfin le voilà à Lisieux, ce dont je suis bien heureuse. Nous sommes allés au Carmel ; j'espère que Francis n'est plus monté comme l'autre jour. Je sais que la Mère Prieure lui fait adresser pour son dérangement de lundi une photographie de notre petite Thérèse, sur son lit de douleur. Elle a été prise ainsi lundi, et la bonne Mère a fait achever celle-ci tout de suite pour l'envoyer à ton mari. C'est la seule qu'elles aient en ce moment. Je pense que ton mari voudra bien écrire à la Mère Prieure un petit mot aimable pour la remercier, ou à son défaut tu le ferais, je le sais bien mais son papa voudrait que ce fût lui. Tout ce qui s'est passé a été voulu sans doute par le bon Dieu. Chacun a souf­fert sa petite part, et pourtant tout aurait pu s'expliquer plus favorablement. Ainsi lundi matin à 6 heures, la petite Sœur (une tourière du Carmel)  avait été envoyée chez nous pour demander le Docteur. On croyait que vous aviez couché à la maison. Alexandre (Mariette)  ne me l'a pas dit, et je serais encore à le savoir si on ne me l'avait appris là- bas. Il ne me l'a pas dit pour ne pas m'effrayer. Est-ce assez sot ? Alors la bonne Mère était désolée. Elle l'avait été dès la veille en voyant que Francis n'était pas au parloir. Elle se dou­tait qu'il était froissé. Elle pleurait, et disait : « Pourtant je n'ai rien dit qui puisse faire de la peine. » Mais on était persuadé que le dimanche, d'après ce que Jeanne et moi avions dit, il était trop occupé et ne pouvait y aller. Donc on n'avait pas osé le demander le soir, et après hésitation la Prieure se décide à me demander d'envoyer une dépêche. Ce qui la faisait hésiter c'était le dérangement qu'elle allait vous causer.

Enfin tout a bien fini et la visite du matin a tout réparé. Mais le soir il était facile de voir que Francis était blessé. Elle l'a bien senti et a pleuré après la visite. Elle disait: «Je me doutais qu'il était froissé; maintenant j'en ai la certitude, cela fait une situation nette; j'aime mieux cela. » - Tu vois que dans tout ceci, ma chère petite Jeanne, il y a eu un véritable imbroglio. Ton papa trouve que si la bonne mère a eu tort, c'est bien peu de chose, il ne la trouve vraiment pas coupable, et dans tous les cas elle l'a bien réparé. Sois donc notre interprète - de son papa et de sa maman - auprès du bon Francis pour lui demander d'être toujours bien aimable avec elle s'il est rappelé. Tu peux lui dire qu'on a tout à fait confiance en lui. Il me disait : « Je suis sûr qu'elles ne font pas toutes mes ordonnances. » Elles ont été toutes faites et les com­presses d'eau ont été appliquées. Je l'ai demandé à Céline. - Quant au Docteur, pendant l'absence de Mr. de Cornière, ce dernier n'a pas du tout appuyé là-dessus. Céline était présente. Il a indiqué celui qui le remplaçait; les petits remèdes qu'il indiquait suffi­saient, disait-il, pour le moment. Je me doutais bien de cela, je connais la manière douce de Mr. de Cornière et j'avais vu la veille comme il nous avait parlé de la maladie de Thérèse. Je te dirai que j'étais très surprise. Il y aurait bien d'autres explications à vous donner, nous vous les donnerons de vive voix.

Je t'embrasse de tout mon cœur, ma chère petite Jeanne pour moi et pour ton papa. Embrasse bien Francis pour nous. Léonie vous fait ses amitiés.

Ta Mère qui te chérit C. Guérin

Bonne Maman (Fournet)  a dû te demander de la laine pour Aimée (Roger). Veux-tu penser à l'envoyer ou à l'apporter dimanche quand vous viendrez. Elle va bien gentiment et vous embrasse bien.

La petite Thérèse sur sa photographie effeuille des roses à son crucifix. - Elle est toujours de même, elle a un peu reposé, on m'a demandé un peu de rôti et de purée - Désir de malade

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