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De Mme Guérin au Dr et à Mme La Néele, et à Léonie Martin. 20 août 1897.

(tous trois en pèlerinage à Lourdes du 19-25 août)

Vichy 20 Août 97

Mes chers enfants

           C'est à tous les trois que j'écris dès ce matin, avant d'avoir reçu votre dépêche. J'espère que vous êtes bien arrivés; cette nuit je ne dormais pas, je pensais à vous, à ma pauvre Jeannette qui avait peut-être la migraine, mais j'ai tout confié à la Ste Vierge, et ce matin à 6 h 1/2 j'allais à la messe. Ne t'inquiète pas, ma petite Jeanne, tu supporteras bien le voyage, la Ste Vierge obtient tant de grâces.

J'ai reçu vos lettres ; celle de Léonie hier matin, et celles de Jeanne et de Sr Marie de l'Eucharistie le soir. Elles étaient désirées, et pourtant elles contenaient toutes de bien tristes nouvelles de notre chère petite Thérèse.

Nous souffrons avec toi, ma bonne Léonie, et en te lisant nous partagions tes peines. Je regrette dans ces moments-là que nous soyons éloignés de toi, car tu as besoin d'affection. Aussi je me sens plus heureuse de te savoir près de Jeanne. Une peine partagée à deux paraît plus légère, plus facile à porter, et notre bonne Mère du Ciel, mieux que tout autre sera votre consolatrice et votre force. - Je com­prends combien notre bon Francis a dû être ému de voir notre petite malade. Mais c'est une grâce que le bon Dieu lui a faite et à nous aussi. Je n'osais l'espérer, quoique Marie nous eût dit que cela était possible en l'absence du Docteur. Nous pensions bien en ne recevant pas de lettres que vous étiez indécis si vous deviez prendre des billets ! Espérons que te bon Dieu prolongera cette chère petite existence !!... Merci à notre bon Francis d'avoir pensé à donner un baiser de notre part. Merci !...

Notre santé est toujours bonne. Ton papa se trouve souvent fatigué, mais c'est l'effet de la goutte et du traitement. Il va vrai­ment aussi bien que possible. C'est aujourd'hui le onzième jour de traitement. Je crois que si sa santé continue à être bonne, je partirai pour Lisieux seule vers le milieu de la semaine pro­chaine. Il me faudra coucher à Paris, car le Rapide ne part qu'à midi de Vichy et n'arrive à Paris qu'à six heures, pas assez tôt pour reprendre le train de six heures pour Lisieux, à cause du trajet entre les gares. A cause des circonstances où nous nous trouvons pour la maladie de Thérèse, nous pensons que c'est la sagesse, car si je tombais souffrante ici, mon mari pourrait y être retenu trop longtemps, et s'il arrivait malheur à notre pauvre petite Reine, nous serions bien malheureux. Nous déciderons cela au commencement de la semaine dans le cas où la santé de mon mari continuerait à être bonne. Nous remettons tout entre les mains de la Providence, et nous lui donnons toute notre con­fiance.

[2v°] J'ai reçu une lettre de Marcelline, comme elle me donne des commissions pour vous, je vous l'adresse. Nous chargeons notre bon Francis et Léonie de donner de la part de papa et de maman les baisers de fête à notre chère Jeanne. Encore mieux, nous prions la Ste Vierge de donner à notre chère et si aimée fille le bouquet de fête qu'elle désire depuis si longtemps; que cette bonne Mère veuille bien l'obtenir de Dieu si toutefois c'est sa volonté, et que ce soit pour sa gloire d'abord et pour le bonheur et la sanctification de nos chers enfants. Je vous confonds tous les trois dans un même baiser que je vous envoie de tout mon cœur. Ton papa embrasse aussi de tout cœur ses trois chers enfants.

Votre mère qui vous chérit
C. Guérin

Nous venons de recevoir la dépêche, nous la trouvons à 6 h en ren­trant à l'hôtel. Bien contents. Deo gratias.

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