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De sœur Marie de l'Eucharistie à J. La Néele. Début décembre 1895.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à J. La Néele. Début décembre (?) 1895.

 

   + Jésus                                                                                                            J.M.J.T.

 

     Ma chère petite Jeanne,

     Notre Mère me charge de t'écrire pour te remercier et remercier Francis du mal qu'il s'est donné pour nous renseigner au sujet du Supérieur (le remplaçant de M. Delatroëtte, décédé le 8 octobre précédent. Son successeur à la cure de Saint- Jacques, le Chanoine Maupas, va devenir supérieur du Carmel, quoique cela ne semble pas, de prime abord, être souhaité par Mère Agnès (voir sa lettre du début décembre 1895). Si tu savais ce que cela l'a touchée, elle aurait voulu te le dire elle-même; elle espérait toujours [lv°] trouver le temps nécessaire pour te glisser un petit mot, mais elle ne le veut pas. Si tu pouvais voir comme elle est occupée, il y a des jours où on ne peut trouver un seul moment pour lui parler. Je t'assure que ce n'est pas une petite besogne d'être Prieure!...

     Si notre Mère avait pu t'écrire elle aurait su bien mieux s'y prendre que ta pauvre petite sœur pour te remercier et te dire un petit mot du cœur. Tu n'y gagnes pas à ce que ce [2r°] soit ton vilain petit griffon; mais enfin il va s'y prendre le mieux possible. Seulement il y a une chose qui le tracasse, c'est de se voir dans l'incapacité de pouvoir t'exprimer et te rendre l'affection que notre Mère a pour toi.

     Ma chère petite Jeanne, rien de nouveau dans ma petite vie qui est toujours la même (on s'étonne que Marie ne fasse aucune allusion à sa récente maladie, et qu'elle parle plus loin de son assistance au chœur comme d'une chose normale, alors qu'un billet de Mère Agnès montre la postulante encore souffrante ), mais ce n'est peut-être pas comme cela dans la tienne, toi qui es au milieu du remue-ménage du monde. Ici les [2v°] jours se suivent et se ressemblent, ce n'est pas ce que dit le proverbe, mais je t'assure qu'avec ce moyen, le temps passe très, très vite. Dire qu'il y aura bientôt quatre mois que je suis au Carmel!... Et ces quatre mois n'ont fait que d'augmenter encore l'affection que j'ai pour toi. Une histoire qui va te rappeler mon jeune temps. L'autre jour, en arrivant au chœur, je me suis étalée en faisant ma génuflexion. Tout le monde a poussé un grand cri, mais sœur Geneviève et moi avons été prises d'un tel fou rire [2v°tv] que j'ai été obligée d'abandonner l'office. N'est-ce pas que c'est bien de mes tours?

Ta petite sœur qui te chérit et te mange de baisers ainsi que son grand frère.

Sœur Marie de l'Eucharistie
p.c.i.

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