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De sœur Marie du S.C. à Mme La Néele. 14 juin 1896.

 

De sœur Marie du S.C. à Mme La Néele. 14 juin 1896.

 

J.M.J.T.                                                                           Dimanche

Jésus!

 

           Ma chère petite Jeanne,

         Je viens te remercier de tes vœux et cadeaux car nous avons reçu en ton nom et celui de Francis toute une provision d'asperges (pour la fête du Sacré-Cœur, le 12 juin; d'où la date du 14 juin proposée pour ce « dimanche ». Le 12 était la fête de Marie Martin (Thérèse lui dédie le poème PN 33 : « Ce que je verrai bientôt pour la Première fois!... ») et aussi la fête patronale du Carmel de Lisieux). Tu es trop bonne de fêter ainsi tes petites sœurs, quand on en a tant, c'est vraiment à laisser là toutes les fêtes hors celle du Benjamin. En ce moment notre Benjamin va très bien [lv°] aujourd'hui il s'est donné bien de l'exercice à préparer une petite pièce qui sera exécutée par les novices pour la fête de Notre Mère (soit « Baptiste », soit « le Triomphe de l'Humilité » RP- 7). Je t'assure que je la crois bien dans sa vocation car elle n'engendre pas de mélancolie au Carmel. Aujourd'hui c'était son tour de laver la vaisselle et je l'entendais pendant la récréation (les sœurs désignées pour la vaisselle avaient le droit de parler puisque ce service communautaire les privait d'une partie de la récréation en commun, à 11 heures en été) raconter aux cuisinières toutes ses expéditions passées (à la Musse), les voyages de Francis qui vous perdait et ne revenait qu'à 7 heures au logis, le tir à la carabine, etc. Elle rappelait tout cela avec une gaieté qui faisait plaisir. [2r°] C'est une gentille petite fille.

      Ah! ma chère petite Jeanne, comme tu as raison de remercier le bon Dieu de toutes les grâces qu'il a accordées à notre famille. Car ce qui te regarde me regarde aussi, tu le sais, et quand je vois à quel point le bon Dieu t'a gâtée en te donnant et en te conservant ton Francis! Oui tu n'as que des mercis à dire et pas de demandes à faire. C'est le plus sûr. Car souvent nous ne savons ce que nous demandons. Crois bien que le bon Dieu qui connaît tes désirs s'empresserait de les réaliser s'il trouvait le moment favorable. Mais ses desseins sont plus sages [2v°] que les nôtres, c'est pourquoi il vaut mieux s'abandonner à Lui. Un jour peut-être quand II nous verra tout à fait résignés à sa volonté, II nous fera de douces surprises, enverra un petit ange au foyer. En attendant il faut continuer à dire merci au bon Dieu, à vivre de confiance et de joie car un bon saint. (Saint non identifié) a dit : « Notre joie plaît à Dieu comme plaît à une Mère le sourire de son enfant. »

       Adieu ma petite Jeanne chérie, je t'embrasse mille et mille fois et te prie de transmettre à Francis les amitiés de ses cinq petites sœurs.

Sr Thérèse de l'Enf. Jésus ne va pas plus mal au contraire (les propres sœurs de Thérèse ignorent ses hémoptysies).

Ta petite sœur M. du S. Cœur

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