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De Marie Guérin à Mme La Néele - 30 juin 1893.

 

De Marie Guérin à Mme La Néele. 30 juin 1893. 

La Musse, 30 juin 1893.

Ma chère petite Jeanne

Nous voici enfin installées à la Musse après toutefois quelques jours de fatigue. Mais cette fois-ci personne n'a payé son écot en arrivant. Pas de migraine !!!... c'était bien beau. Mais, en revanche, trois petites bêtes sont venues se poser délicatement sur ma main et y ont versé une certaine petite liqueur qui m'a fait fortement gonfler [lv°] la main et le poignet. En ce moment-ci mes petites mains mignonnes ressemblent terriblement aux grosses mains de Marcelline.

Hier, papa a tué son premier lapin depuis cinq ans, il s'est fait faire de petites huttes pour se cacher et refaire un peu Messieurs les lapins. Il y en a de très petits qui n'ont guère que quelques jours mais ceux-là sont respectés. Cette année il y en a beaucoup.

Nous allons aller à Evreux pour faire différentes commissions. Ces jours-ci M. l'Abbé Garnier (Théodore Garnier (1850-1920), originaire du Calvados, et qui succédait en 1888 à Léon Harmel comme visiteur de l’Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers) y est pour faire des conférences. Dimanche prochain nous avions l'intention d'y aller pour entendre M. de Mun (rappellons le rôle social du Comte Albert de Mun (1841-1914), l'un des maîtres à penser de M. Guérin) qui devait en faire une aussi, mais il paraît qu'il ne [2r°] viendra pas, alors nous resterons à la Musse ou bien nous irons faire une promenade aux environs.

Mon oncle est radieux depuis qu'il est ici, il s'y plaît bien mieux qu'à Lisieux, dit-il. Nous lui faisons faire Céline et moi des promenades dans le bois, mais ce qui le distrait beaucoup, c'est de regarder la belle vue (sur la vallée de l'Iton, la forêt d'Evreux et vers Conches). L'autre jour il ne se lassait pas de la regarder et riait toute la journée. Voudras-tu, ma chère petite Jeanne, aller voir Léonie avant ton départ de Caen pour nous en donner des nouvelles. Elle va recevoir en même temps que toi une lettre de la Musse lui annonçant qu'elle est libre de suivre sa vocation. C'est [2v°] papa qui lui écrit, et c'est une lettre admirable que maman a copiée pour la conserver.

M. le Curé  de St Sébastien (Bernardin Chilard, curé de Saint-Sébastien-de-Morsent, plateau sur lequel est construit le château de la Musse) nous a appris ce matin que Mgr Ducellier (archevêque de Besançon depuis 1887) avait été administré hier, il paraît que c'est dans les journaux. Nous avons pensé tout de suite à notre pauvre petit Paul qui perdra un grand appui si le malheur arrive, mais enfin nous espérons qu'il y a peut-être de l'exagération dans les journaux.

Je te quitte, ma chère petite Jeanne, en t'embrassant bien fort avec Francis. Toute la famille se joint à moi.

Ta petite sœur,

Marie.

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