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De Marie Guérin à Mme La Néele - 20 août 1893.

 

De Marie Guérin à Mme La Néele. 20 août 1893. 

Ma chère petite Jeanne,

A mon tour maintenant de venir te présenter tous mes vœux et souhaits de bonne fête, mais malheureusement je n'ai pas de parapluie à t'offrir, en regard de cela je te donnerai mon affection qui te couvrira mieux [lv°] que ne pourrait le faire le plus beau des parapluies, non contre la pluie du ciel, mais contre la pluie des insultes et des outrages, si jamais tu dois en recevoir.

Mon compliment est-il bien fait, ma chère petite Jeanne ? Il doit offrir à tes regards un charme de plus, étant écrit sur ce beau papier rose, qui par sa couleur, doit être, pour toi, le signe de la tendresse de mon cœur. Mais revenons au fameux parapluie (Mme La Néele l'avait acheté à Evreux pour Marie à l'occasion de fête – le 15 août))....... Hier a été pour lui le jour du triomphe, [2r°] il s'est promené dans les rues de Lisieux et je ne t'exagère rien en te disant que plus d'une personne l'a regardé d'un air d'envie, heureusement que je n'ai pas rencontré Toinette en chemin, car je crois qu'elle m'aurait presque avalée de rage, en voyant que je n'avais pas acheté ce fameux objet chez elle.

Mais ce n'est pas dans les rues que l'admiration a été la plus grande, dans les maisons particulières je me suis vue sur le point de voir mon parapluie enlevé. Toute la famille en [2v°] est dans le ravissement, les-Carmélites en tête. Ah ! quel parapluie ! quel parapluie !... je crains fort qu'il ne me fasse perdre la tête. Avant-hier soir, jour de notre retour dans le pays natal, Alexandre a été forcé de courir à 9 h du soir après-mon beau parapluie, il avait été empaqueté avec tous les autres et avait été oublié dans la voiture, je n'ai pu me coucher et dormir tranquille qu'après l'avoir retrouvé.

Tu vois, ma chère petite Jeanne, tous les incidents et toutes les-émotions que m'a déjà causés ton cadeau, je t'ai raconté toutes ces péripéties, parce que ce parapluie a été l’objet de tes sueurs et d’une [1 r° tv.]Je te quitte, ma chère petite Jeanne en te renouvelant tous mes souhaits et en y joignant ceux de mon oncle Martin qui vient de me dire de te souhaiter une bonne fête de sa part.

Ta petite sœur

Marie

J'embrasse Francis et le remercie de nouveau de mon parapluie à incidents.

Marie la bonne me charge de te souhaiter une bonne fête, elle te remercie de l'argent que tu lui as fait remettre par maman.

[2v°tv] Dans mon étourderie, j'ai oublié la principale chose de ma lettre. Je te prie de recevoir de ma part et de celle de Céline le prix de l'encadrement de ta couronne de mariée.

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