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De Marie Guérin à Mme La Néele - 13 décembre 1893.

 

De Marie Guérin à Mme La Néele. 13 décembre 1893. 

Lisieux 13 décembre 93.

Ma chère petite Jeanne,

Je vois, d'après ta lettre, que tu ne connais pas encore le bien qui t'appartient; le livre de Ste Paule que tu possèdes maintenant est une restitution que je t'ai faite à mon dernier voyage. Tu peux être tranquille... le septième commandement : « les biens d'autrui tu ne prendras ni retiendras » est loin d'être fait pour toi.

Si je t'écris, c'est uniquement pour [lv°] te tranquilliser à ce sujet et aussi pour te dire que je t'aime toujours de plus en plus.

Pour l'éditeur des livres du P. Faber, c'est « Bray et Retaux »...

Nous sommes tous bien contents de voir votre Eugène parti sans incident, maintenant il reste à en trouver un autre, pas un autre Eugène ; mais un bon domestique. Il faut prier Ste Zite... (mais je ne sais si elle s'occupe des garçons) tu peux toujours en essayer.

Je te demande pardon de t'écrire si mal, mais c'est la faute des plumes à papa, comme elles sont très dociles à leur maître, elles prennent l'habitude de faire toujours écrire qui que [2r°] ce soit, en tournant la plume de côté, elles en ont pris le pli, on ne peut les en empêcher.

Bonne maman va toujours mieux, hier elle paraissait vraiment guérie, depuis quelques jours je n'ai pas été la voir ; hier, comme tu le sais c'était notre réunion du Mardi, nous avons fait 2 robes dans notre après-midi. Nous avons Marthe toute cette semaine parce qu'elle fait un petit jupon bleu ciel au crochet pour Marguerite, c'est pour les étrennes de sa maman, puis elle apprend aussi pour le jour de l'an une romance « Fidèle »... peut être aussi apprendra-t-elle le petit chat, que je chantais [2v°] étant petite. Mais ce qu'il y a de plus amusant c'est de l'entendre dire le « parlé » de Fidèle, elle vous prend des tons et des manières qui sont tout à fait circonstanciés à la romance. Aujourd'hui elle l'a chantée à tante Clémence qui était ravie. Je te quitte, ma chère petite Jeanne, en te demandant pardon de mon gribouillage, mais comme je te l'ai expliqué ce n'est pas de ma faute, je trouve que mon écriture d'aujourd'hui ressemble terriblement à celle de Francis seulement elle a cela de particulier c'est qu'à la place que les lettres de chaque mot aient cinq centimètres, les miennes n'en ont qu'un demi.

Je t'embrasse bien fort toi et Francis.

Ta petite sœur Marie

[2v°tv] Tout le monde te couvre de baisers. On pense à la neuvaine. Maman va très gentiment, aujourd'hui elle a assez marché dans la maison.

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