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De Mme Guérin à Jeanne La Néele - 13 décembre 1891.

 

De Mme Guérin à Jeanne La Néele. 13 décembre 1891. 

13 Décembre 91

Ma chère petite Jeanne

Je t'écris un petit mot seulement pour te dire que ta lettre d'hier m'a fait bien plaisir. Je reconnais toujours ton bon petit cœur aimant et cela me fait du bien. Tu ne m'as pas encore répondu au sujet de ton domestique que je te proposais d'amener mardi pour qu'il voie un peu le service et qu'en même temps il serve à table (les Guérin étant très exigeants pour l'étiquette, Mme Guérin propose ici à sa fille Jeanne d'envoyer ses domestiques de Caen prendre des leçons à Lisieux). Je pense avoir ta réponse demain matin, autrement je te prierais de me répondre immédiatement par retour du courrier afin que je demande la bonne de ta tante. Au sujet de ta robe je ne sais quoi te dire. Tu es meilleur juge que moi puisque je ne connais pas ta robe grise neuve. Il me semble qu'elle doit être bien, et alors c'est celle-là que je prendrais. La seule chose à craindre est qu'elle ne fasse un peu foncé le soir, attendu qu'elle a un gilet de velours noir, je crois. Mais cela ne fait rien ; nous sommes en famille, et je sais que ta tante a dû te trouver très bien habillée chez toi avec cette robe-là.

Maintenant, je te laisse complètement libre de faire ce que tu jugeras le mieux. Mais ne mets pas celle de drap jaune réparée ; on voit trop qu'elle a été réparée et pas assez bien malheureusement. En voilà assez sur la toilette.

Demain matin lundi à  7 h 1 /2 aura lieu l'inhumation de la sainte Mère Geneviève. On n'a pu obtenir l'autorisation demandée et il faudra la conduire au Cimetière. Les pauvres Carmélites sont bien désolées et cela se comprend bien (elles avaient désiré faire inhumer Mère Geneviève – la fondatrice – dans le sanctuaire de la Chapelle, près du Fondateur, l'abbé J. N. Sauvage. L'autorisation sera finalement accordée et la célébration aura lieu le 23 décembre).

Ce matin dimanche à six heures toute la ville a été réveillée par le tambour et le clairon. L'usine Mommers était en flammes, et juge un peu par le vent qui faisait ce que cela devait être. En revenant de la messe de 7 h nous voyions les flammèches tomber devant nous dans la rue de la Chaussée jusqu'en face le pensionnat Dufaitelle. Il doit y avoir de bien grands dégâts. Je n'ai pas de détails suffisants mais ce n'est que vers 9 h que nous avons vu de chez nous que les flammes paraissaient s'éteindre.

Ma santé laisse toujours à désirer ; sans être plus mauvaise cependant. Je mange mieux, mais il me semble par moments que ma faiblesse augmente. C'est peut-être une idée et aujourd'hui j'ai été à trois offices et je ne suis pas trop fatiguée. Tu vois que je me plains à tort. Et toi, continues-tu d'aller mieux ? Je voudrais bien le savoir, car lorsque je ne reçois pas de lettres après ces coquines d'opérations, je m'inquiète un peu. J'espère bien que c'est sans sujet, que demain j'aurai de bonnes nouvelles et que mardi je verrai mes deux grands enfants et ma bonne Léonie que je n'oublie pas. Je la sais très heureuse à Caen (surtout à cause de la proximité de la Visitation...), mais il faudra bien pourtant qu'elle revienne au milieu de nous. Adieu ma chérie, je te charge de toutes nos meilleures amitiés pour Francis et Léonie et je t'embrasse pour moi et ton père et tes sœurs de tout cœur.

Ta mère,

C.G.

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