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De Mme Guérin à Jeanne La Néele - 6 novembre 1891.

 

De Mme Guérin à Jeanne La Néele. 6 novembre 1891.

Lisieux novembre 91

Ma chère petite Jeanne

Je crois bien que je serai obligée de remettre mon voyage à Caen à lundi car ton papa est
excessivement enrhumé. Hier il a été très souffrant du rhume, il s'est couché à 9 heures du soir, il avait
cent quatre pulsations à la minute, tu vois qu'il avait une forte fièvre. Elle a fini par tomber, et il a
reposé, n s'est soigné de son mieux pour se guérir et pouvoir aller à Caen dimanche, mais ce serait très
imprudent en admettant qu'il puisse le faire. Aussi j'ai préféré t'en prévenir dès ce matin, et comme je ne
veux pas laisser ton papa seul et si souffrant pendant deux jours [1 v°] je crois qu'il est préférable que
je remette mon voyage à lundi. Je préviendrai Le Chesne. Je n'ai pas encore pris de solution définitive,
car je pourrais aller demain samedi et revenir le soir même, mais je priverais Céline et Marie de passer
le dimanche avec vous. Tout bien considéré je crois qu'il est préférable que je remette à lundi. Si je
changeais d'avis et que je vinsse demain vous auriez une lettre demain matin. Ton papa ne va pas plus mal

ce matin, il travaille à son journal, ce qui le fatigue bien dans l'état fiévreux où il est. Enfin j'espère qu'hier
a été la pire journée, ce matin il tousse moins. Dis à ma petite Marie, je te prie, qu'elle ne s'inquiète pas ;
qu'elle jouisse bien de sa petite vacance, j'aime bien à l'avoir auprès de moi, c'est vrai, ainsi que sa chère
petite compagne mais je ne m'ennuie [2 r°] nullement, j'ai ma bonne Léonie qui m'est bien fidèle et qui
fait tout ce qu'elle peut pour moi. Cette pauvre fille est contrariée de voir que le voyage va probablement
être différé, mais ne faut-il pas s'habituer à faire des sacrifices dans la vie !
Ton papa a reçu hier la lettre de ton mari, signée aussi par toi, il a pleuré en la lisant, tellement l'affection
de ses enfants lui fait du bien. Il dit que toutes les autres louanges ne le touchent pas, mais celles-là vont
droit à son cœur. Il est bien fier de ses enfants, de son Francis ! Et notre Céline, est-elle un vaillant petit
champion ! Quelle belle lettre elle a écrite à son oncle ! Mon mari était tout ému en la lisant. C'est un
cœur bien ardent et bien noble. Je ne sais si je t'ai dit que maman pensait nous réunir pour le dimanche 15.
Sa fête serait avancée. Du reste [2 v°] elle vous écrira lorsque ce sera fixé définitivement.
Adieu, ma petite Jeanne, ne soyez pas trop contrariées de voir notre voyage différé, j'espère que votre
papa va aller mieux, il a encore la fièvre ce matin, il se décide à prendre un cachet de sulfate de Quinine.
Ne vous tourmentez pas, je vous donnerai de ses nouvelles demain. Je vous embrasse tous de tout mon
cœur.
Ta mère toute dévouée,
C. Guérin
J'attendais presque une lettre de Marie ce matin, mais il est probable que je la recevrai cet après-midi.
Dans tous les cas si elle ne m'a pas écrit qu'elle ne se tourmente pas. Embrasse-la doublement pour moi
pour sa peine.

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